Round ICANN 2026 : que nous disent vraiment les chiffres du Reveal Day ?

Le Reveal Day ICANN du 7 octobre 2026 donne enfin une première photographie du dernier round de candidatures aux extensions Internet, les fameux nouveaux TLD. Découvrez en détail les premières données consolidées et notre analyse de ces résultats.

Le Reveal Day ICANN du 7 octobre 2026 donne enfin une première photographie du dernier round de candidatures aux extensions Internet, les fameux nouveaux TLD.

Et cette photographie mérite d’être regardée avec un peu de recul : 1 615 candidatures ont été déposées, soit moins que lors du round de 2012, mais le nombre brut de candidatures ne raconte qu’une partie de l’histoire. Entre une candidature déposée, un contrat signé avec l’ICANN et une extension Internet effectivement déléguée, le chemin est encore long. Le taux de conversion de ce nouveau round reste par définition, inconnu à ce stade.

2026 : 1 615 candidatures, dont 333 marques

La fenêtre de candidatures était ouverte du 30 avril au 12 août 2026. L’ICANN a révélé ce 7 octobre les premières données consolidées du round : 1 615 candidatures, déposées par 481 candidats.

Parmi elles :

  • 333 candidatures de marques, soit environ 21 % ;
  • 16 candidatures communautaires ;
  • 15 candidatures s’identifiant comme géographiques ;
  • 21 candidatures IDN ;
  • 9 candidatures de variantes ;
  • 51 candidatures déposées par des bénéficiaires de l’Applicant Support.

Des données de l’ICANN, on peut par ailleurs extrapoler qu’il va y avoir au moins 1003 nouvelles extensions distinctes vouées à être exploitées certainement de manière ouverte.

La part des extensions Internet ouvertes est donc très importante mais une précaution méthodologique doit être considérée car ces catégories ne sont pas nécessairement exclusives. Une même candidature peut en effet relever de plusieurs catégories.

Par ailleurs, l’ICANN précise que ces chiffres constituent un snapshot au 7 octobre. Ils vont certainement évoluer à l’issue de la période de remplacement des chaînes, avant leur confirmation définitive le 17 novembre.

Une géographie toujours très concentrée

La répartition géographique confirme une tendance déjà visible en 2012.

En 2026, l’Amérique du Nord représente à elle seule plus de la moitié des candidatures.

L’Europe arrive loin derrière avec un peu plus de 31 %, tandis que la région Asie-Pacifique représente environ 13,5 %. Les candidatures provenant d’Afrique et d’Amérique latine restent, comme en 2012, très minoritaires.

2026 vs 2012 : moins de candidatures, mais surtout une autre répartition

En 2012, l’ICANN avait reçu 1 930 candidatures, provenant de 60 pays et territoires. Parmi celles-ci, 84 étaient déclarées « community-based » (communautaires), 66 géographiques et 116 IDN (internationalisées). La répartition géographique était de 911 candidatures en Amérique du Nord, 675 en Europe, 303 en Asie-Pacifique, 24 en Amérique latine/Caraïbes et 17 en Afrique.

La première différence est donc quantitative : le round 2026 compte environ 16 % de candidatures en moins qu’en 2012.

Mais la différence la plus intéressante se situe peut-être dans la nature des candidatures.

Les candidatures communautaires passent de 84 à 16, les géographiques de 66 à 15, et les extensions IDN (internationalisées) de 116 à 21.

Du côté des marques, la comparaison demande davantage de prudence. En 2012, l’ICANN ne disposait pas encore d’une catégorie officielle « .marque ». L’OMPI estimait à environ 664 le nombre de candidatures de type .marque.

En 2026, l’ICANN identifie explicitement 333 “brand applications” (candidatures à un .marque).

On peut donc constater que la présence des marques est nettement moins importante en volume qu’en 2012 mais ces chiffres sont à relativiser car les méthodes de classification ne sont pas identiques.

Une prudence qui semble plus grande qu’en 2012

Le round de 2012 avait été lancé dans un contexte d’ouverture inédite du DNS : pour les entreprises, les marques, les communautés et les opérateurs de registre, la possibilité de créer son propre espace de noms de domaine constituait une opportunité largement nouvelle.

Quatorze ans plus tard, le marché dispose de beaucoup plus de recul.

Les entreprises savent désormais bien mieux ce qu’implique réellement l’exploitation d’un TLD : investissement initial, coûts récurrents, gouvernance, conformité, sécurité, stratégie de lancement, adoption par les utilisateurs, réputation et, pour les marques, intérêt réel d’exploiter un espace .marque.

Une extension internet doit désormais davantage trouver sa justification économique et stratégique. Dans un contexte économique plus contraint, ces éléments et le fait que beaucoup de .marque soumis en 2012 n’aient pas réussi à démontrer ces capacités, peut expliquer une plus grande prudence.

Le fait que les candidatures de marques passent d’une estimation d’environ 664 en 2012 à 333 en 2026 va dans ce sens, même si les méthodes de comptage ne permettent pas d’en faire une comparaison statistique parfaite.

À l’inverse, avec 1 282 candidatures qui ne sont ni communautaires ni géographiques et une forte concentration des candidatures en Amérique du Nord et en Europe, ce round confirme qu’il existe toujours un marché pour les nouveaux espaces de domaines.

Les prochaines étapes : remplacer, confirmer… puis commencer vraiment

Le prochain rendez-vous est d’abord la Replacement Period (période de remplacement des chaines), du 8 au 21 octobre 2026, donc pendant que se tiendra l’ICANN87. Les candidats ayant prévu une chaîne de remplacement pourront, sous certaines conditions, substituer celle-ci à leur chaîne principale. Cela peut leur éviter d’être en concurrence avec un autre candidat. On notera que sur ce round l’extension .agent obtient la palme d’or du plus grand nombre de candidatures : 13 candidatures. En 2012, il s’agissait du .app avec également 13 candidatures.

Puis viendra le String Confirmation Day (le jour de confirmation des chaînes), le 17 novembre 2026.

L’ICANN publiera alors la liste finale des chaînes candidates ainsi que la nouvelle configuration des chaines en concurrence. Cette date marquera également le début de la période des Community Input (consultations de la communauté) et des objections.

Nous disposerons alors d’une photographie beaucoup plus stabilisée de ce que sera réellement la nouvelle génération de gTLDs.

Il faudra ensuite regarder le nombre de candidatures qui franchiront successivement l’évaluation, les éventuelles contentions et objections, la contractualisation, puis la délégation.

En 2012, sur les 1 930 candidatures, 1 241 extensions ont été déléguées, soit 64% d’entre elles, des statistiques qui ne tiennent pas compte des contrats résiliés et TLD retirés de la zone racine.

En 2026,  1 615 candidatures viennent de remettre le sujet des TLDs sur la table. Reste maintenant à voir combien auront envie de rester à table lorsqu’arrivera la suite des réjouissances.

Nameshield a l’expérience et toute l’expertise nécessaire pour vous aider à franchir toutes les prochaines étapes à venir avec succès et à faire en sorte de valoriser au mieux votre nouvel investissement.  Sollicitez nos conseillers pour plus d’informations sur nos solutions d’accompagnement post-candidature.

Sources :

ICANN81 : Un sommet à la croisée des chemins entre challenges et difficultés 

ICANN81

Jeudi 14 novembre, se clôturait le 81ème sommet de l’ICANN, l’instance de gouvernance de l’Internet. Un sommet qui s’est déroulé sur les rives du Bosphore entre Asie et Europe, à Istanbul en Turquie. Ce sommet est la dernière rencontre de la communauté Internet mondiale pour l’année 2024 avant de se tourner vers 2025.

Tripti Sinha, qui vient d’être reconduite dans ses fonctions de présidente du Conseil d’administration de l’ICANN a ouvert son propos lors de la Cérémonie d’ouverture du 81ème sommet de l’ICANN avec un constat : « L’année écoulée (ndlr : 2024) a été compliquée pour l’ICANN ».

L’ICANN, une organisation challengée sur plusieurs fronts

Le fait n’est pas nouveau : les tensions entre la Russie, la Chine et l’Occident n’ont jamais été aussi importantes. Un contexte géopolitique qui met le modèle multipartite d’un Internet globalisé sous pression, l’ICANN étant une organisation de droit américain, même si elle se revendique apolitique. Le conflit au Proche Orient n’est jamais loin non plus. Il avait notamment rejailli lors des précédents sommets ICANN de cette année. Challengée sur son rôle et sa légitimité, l’ICANN est aussi face au changement de présidence à la Maison Blanche avec un second mandat de Donald Trump qui a suscité des questions inhabituelles lors du forum public qui a clôturé ce sommet. Un participant a évoqué l’imprévisibilité du futur président des Etats-Unis qui « augmente le risque d’un conflit » allant jusqu’à se demander si « l’ICANN peut prendre le contrôle des systèmes militaires américains ». Si la réponse à cette question est bien entendu négative, Tripti Sinha a aussi évoqué des challenges sur la responsabilité de l’ICANN avec une action engagée contre l’ICANN et des challenges financiers, parlant de « difficultés financières ». L’ICANN a vu ses coûts d’exploitation augmenter sensiblement ces dernières années en partie dû à un contexte inflationniste. Ce contexte a d’ailleurs occasionné des hausses conséquentes des tarifs des noms domaine qui ont engendré un tassement du marché. L’ICANN qui tire une partie de ses ressources des noms de domaine moyennant une taxe sur chaque nom de domaine générique est donc impactée.

Une transition de présidence à la tête de l’organisation

Erik Lindqvist, le nouveau Président de l’ICANN prendra ses fonctions officiellement le 9 décembre 2024.

Lors de l’ouverture du sommet, Erik Lindqvist, le futur Président de l’ICANN a fait une courte intervention pour se présenter et évoquer son parcours. Il va officiellement prendre ses nouvelles fonctions le 9 décembre prochain à la suite de Sally Costerton applaudie pour son interim réussi.

Parmi les attendus du nouveau Président qui sera basé à Genève en Suisse, l’examen de la situation financière de l’organisation. Des pistes d’économies et de nouveaux financements ont d’ailleurs été évoquées et ont fait apparaitre des avis tranchés. Faut-il par exemple rendre payante la participation aux sommets ou faut-il rationaliser les lieux choisis pour la tenue de ces rencontres internationales pour dégager des économies ? L’interaction du nouveau président avec les différentes instances est également attendue et plébiscitée. La défense du modèle de gouvernance multipartite dans le contexte difficile actuel ainsi que les politiques éthiques de l’ICANN sont deux autres sujets importants pointés par les parties contractantes.

La nouvelle série de nouvelles extensions génériques confirmée pour 2026

Au rang des difficultés, l’ICANN doit aussi réussir la nouvelle série de nouvelles extensions génériques. Cela passe d’abord par la tenue de la date d’avril 2026 pour l’envoi des candidatures, une date martelée depuis plusieurs sommets. Chose rassurante, l’implémentation des recommandations du processus de développement de politique Subsequent Procedures (Subpro) avance à un bon rythme. Le futur guide de candidature est dans le timing prévu avec une version finale qui doit être livrée d’ici un an. Le futur contrat de registre des nouveaux exploitants d’extensions est quant à lui en train d’être considéré. Contrairement aux candidats au round de 2012, ce nouveau contrat devrait être un document unique qui va s’adresser à toutes les typologies d’extensions : ouvertes, communautaires, de marques et internationalisées (ndlr : en langue native). Il comportera quatorze spécifications contre treize actuellement, la quatorzième couvrant les variantes d’extensions pour les extensions multilingues.

Parmi les autres sujets où l’ICANN a tranché, il ne doit pas y avoir d’enchères privées pour départager des candidats à une même extension en 2026. Comme une symbolique, c’est sur un pan du programme de la nouvelle série que s’est terminé ce sommet. Le Conseil d’administration de l’ICANN a en effet adopté le programme de soutien aux futurs candidats à la toute fin du sommet, un programme qui va passer par une campagne de communication début 2025 dans les zones géographiques défavorisées.

Capitaliser sur le retour d’expérience

Plusieurs sujets impulsés dernièrement par l’ICANN sont actuellement en phase d’évaluation. Parmi eux, les abus du système de noms de domaine. En avril 2024, sont entrées en application des obligations spécifiques pour contraindre les registres et les bureaux d’enregistrement à agir lors d’abus manifestes. L’ICANN81 a permis de faire un bilan de ces mesures après une première phase d’implémentation de six mois. La conformité de l’ICANN indique avoir initié 363 plaintes impliquant souvent plusieurs noms de domaine. Sans surprise, les abus les plus courants ont concerné des campagnes d’hameçonnage.

Autre élément à l’épreuve de l’évaluation, le dispositif Registration Data Request Service (RDRS). Il s’agit d’un prototype qui vise à jauger l’intérêt pour une plateforme standardisée qui doit permettre de soumettre et traiter des demandes d’accès aux données d’enregistrement des noms de domaine pour des besoins légitimes. Sur une année, le RDRS a recueilli des demandes pour 13 000 noms, un volume qui reste faible en comparaison des 170 millions de noms génériques. Sujet connexe, la dépréciation du protocole Whois pour les bases d’enregistrement de noms de domaine. Ce protocole utilisé depuis les années 80, doit céder sa place pour les noms de domaine génériques au protocole RDAP fin janvier 2025. ICANN Org a cependant précisé que ce nouveau protocole n’est que très rarement correctement déployé à ce stade.

Le contexte international tendu a largement rejailli lors de ce sommet sur une organisation qui va débuter 2025 avec un nouveau président à sa tête et un changement d’administration à la Maison Blanche. L’ICANN n’a pas caché faire face à de nombreuses difficultés. La réussite de la prochaine série de nouvelles extensions, série qui se sera faite attendre quatorze années de 2012 à 2026, va être déterminante pour sortir pour partie de cette zone de turbulences. L’enjeu est important d’abord car l’ICANN s’est engagée pour tenir cette série en avril 2026. Un report de date écornerait un peu plus sa crédibilité.

Cette série est aussi importante compte tenu des investissements nécessaires pour sa préparation et sa tenue. Les frais de candidature sensiblement plus élevés qu’en 2012, avec un montant de base de 227 000 USD, peuvent constituer un frein. Les investisseurs eux, pourraient ne pas apprécier la suppression des enchères privées pour départager des demandeurs à une même extension, ICANN cherchant au contraire à freiner la spéculation. Nameshield est pour sa part convaincu du bien-fondé de cette nouvelle série et en particulier des extensions de marques, les dot brand, dont les bénéfices vont largement compenser les investissements nécessaires si les candidats sont bien accompagnés. Nameshield est prêt à accompagner les futurs porteurs de projets en leur apportant une solution complète sur tout le cycle projet. Si vous avez un projet d’extension Internet, contactez nos experts qui seront ravis de pouvoir vous répondre.

ICANN79 : Un sommet sur la lancée des décisions prises en 2023

Après l’ICANN29 en 2007, l’ICANN61 en 2018, Porto Rico accueillait début mars son troisième sommet de la gouvernance d’Internet avec l’ICANN79. Six jours de réunions, d’échanges et de rencontres dans une ambiance studieuse et des sujets en cours qui avancent. Sujet vedette : le prochain round de nouvelles extensions génériques. D’autres sujets majeurs comme la directive européenne de cybersécurité NIS2 ou la désignation d’un nouveau Président pour l’organisation ont en revanche été abordés à la marge.

ICANN79
Trois femmes au centre de l’ICANN : Tripti Sinha à gauche, Manal Ismail au centre et Sally Costerton à droite

Le prochain round de nouvelles extensions génériques, sujet priorisé

Dès le samedi 2 mars, jour de lancement de l’ICANN79, une session a porté sur l’implémentation des recommandations issues du processus de développement de politique (PDP) Subpro qui vise à permettre de lancer une prochaine série de nouvelles extensions génériques. Un premier coup de projecteur sur ce sujet devenu central notamment en raison d’un calendrier désormais contraint qui vise une nouvelle fenêtre de candidatures en avril 2026.

Lors de cette première session, l’attention a été portée sur les recommandations que le Conseil d’administration de l’ICANN n’avait pas adoptées dans le cadre d’une résolution sur le PDP prise en mars 2023. Lors du précédent sommet (ICANN78), 14 recommandations restaient en suspens, 6 étaient rejetées. L’instance en charge des politiques génériques, le GNSO (Generic Naming Supporting Organization) qui a pris l’habitude de créer de petites équipes appelées Small Teams pour travailler sur les sujets bloquants a convié une petite équipe pour adresser ces recommandations. En parallèle une équipe d’implémentation travaille sur les recommandations approuvées et la nouvelle version du guide de candidatures. Ce document central pour les futures candidatures est en cours d’écriture. Sa version finalisée doit être disponible au plus tard à la fin de l’année prochaine. A l’issue de la semaine de débats de l’ICANN79, force était de constater que les travaux réalisés lors des nombreuses sessions sur le prochain round ont été fructueux. La Small Team a en effet trouvé une voie de compromis sur les recommandations non approuvées par le Conseil d’administration de l’ICANN et a même pu se permettre l’économie d’une réunion planifiée dans l’agenda du sommet.

Au moins douze sujets en cours

Dimanche, une session du GNSO a permis d’avoir un inventaire des processus de développement de politiques en cours et ceux encore en phase d’études comme l’exactitude des données d’enregistrement. La liste comporte au moins douze sujets dont certains sont bloqués et où, en raison de la longueur du processus, l’historique devient parfois difficile à retrouver pour les membres actuels du GNSO. C’est le cas de la protection des noms des organisations inter- et non-inter-gouvernementales. A titre d’exemples, le Comité international olympique (CIO) ou la Croix rouge. En 2012, un PDP a été lancé pour étudier la question de protections spécifiques pour les noms de ces instances, en sachant que les contrats des opérateurs de registres de nouvelles extensions génériques issues du round de 2012 prévoyaient de les bloquer à l’enregistrement. Début 2019, le Conseil d’administration de l’ICANN a adopté les recommandations finales d’un PDP à rallonges ce qui devait permettre leur mise en œuvre. L’instance représentant les gouvernements, le GAC a cependant considéré que l’ensemble des sujets n’ont pas été adressés, notamment celui d’une protection spécifique pour les acronymes de ces organisations. Ce sujet reste encore ouvert aujourd’hui et les recommandations n’ont donc pas encore été implémentées.

Trois femmes à l’honneur lors de la Cérémonie d’ouverture

Lundi, c’était le lancement officiel du sommet avec la très attendue cérémonie d’ouverture qui a toujours lieu le lundi matin. Tripti Sinha, la Chair du Conseil d’administration de l’ICANN a rappelé que le précédent sommet de l’ICANN à San Juan s’était déroulé « juste après l’ouragan dévastateur Maria ». Elle a aussi évoqué l’année 2023, une année où Sally Costerton a endossé le rôle de Présidente par interim de l’ICANN et où l’ICANN a fêté ses 25 ans à Hambourg. Sur la désignation d’un nouveau président pour l’ICANN les participants ont été informés que le processus est en cours après l’écoute des parties prenantes en 2023. Un groupe de candidats s’est détaché et va désormais amener à la sélection du futur visage de l’ICANN. De son côté, Sally Costerton a utilisé à maintes reprises l’expression de « super-pouvoir » pour évoquer la mission de l’ICANN qui vise à garder un Internet unique globalisé. Mais le moment le plus marquant de ce sommet est peut-être l’image d’une troisième femme, Manal Ismail, qui est venue se joindre à Tripti Sinha et Sally Costerton lors de la cérémonie d’ouverture. Manal Ismail qui a joué un rôle important lors de la transition IANA et en tant que présidente du GAC pendant plus de cinq ans a été honorée de l’ICANN Community Excellence Award 2024.

Des jalons décisifs franchis en 2023 qui se matérialisent sur les trois prochaines années

Au crédit de l’actuelle présidente de l’ICANN, force est de constater que beaucoup de sujets ont avancé sous son impulsion en 2023. Si 2024 marque l’entrée en application de nouvelles obligations pour les registres et les bureaux d’enregistrement sur les usages malveillants, c’est bien le fruit des travaux réalisés l’année dernière. Ce sujet central pour les utilisateurs d’Internet avait en effet donné lieu à des années de débats stériles. Le prochain round de nouvelles extensions génériques a lui fait des avancées significatives avec l’adoption des recommandations et d’une feuille de route vers une nouvelle fenêtre de candidatures désormais fixée en avril 2026. On peut ajouter la Registration Data Policy qui va remplacer d’ici 2025, la Specification Temporaire issue du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données personnelles). Sujet corrélé, le futur Système standardisé d’accès aux données d’enregistrement est pour sa part entré dans une phase d’expérimentation qui tente de concilier protection et besoin de répondre à des besoins réels d’accès aux données d’enregistrement. L’Internet inclusif a quant à lui droit à une journée internationale dédiée suite au lancement du premier UA Day (Universal Acceptance Day) en 2023. Enfin, « ICANN grant », un programme qui vise à soutenir financièrement des projets pour l’unification et l’inclusivité d’Internet est également lancé. Ce dernier repose sur les montants conséquents récoltés avec les enchères sur les nouvelles extensions génériques de 2012. Une enveloppe à projets sera ouverte à partir de fin mars.

On ne gagne pas sur tous les fronts

Si le bilan des avancées est conséquent, d’autres sujets avancent peu. C’est le cas d’une nouvelle revue holistique de l’ICANN et celle liée à la responsabilité et la transparence de l’organisation. Ces revues sont nécessaires pour amener des améliorations sur la sécurité et le choix des consommateurs, sur les services associés aux bases d’enregistrement des noms de domaine et sur la sécurité, la stabilité et la résilience du DNS. Ce sujet important est impacté par les nombreux projets en cours, l’ICANN ayant par ailleurs engagé un projet d’amélioration continue qui pourrait s’y substituer.

Pour la directive européenne sur la cybersécurité NIS2, on retiendra surtout que les parties contractantes et le Conseil d’administration de l’ICANN ont mis en avant que cette législation n’entre pas en conflit avec les politiques de l’ICANN. Pour le Conseil d’administration qui indique travailler avec la Commission européenne sur ce sujet, il y a par contre des sujets comme l’exactitude des données qui sont à considérer.

Si l’ICANN79 n’a pas fait l’objet d’annonces notables, on retiendra surtout une ambiance studieuse après une année charnière où de nombreux sujets ont franchi des jalons décisifs dans leur mise en œuvre. C’est le cas de la prochaine série de nouvelles extensions génériques, la précédente remontant à douze années déjà. Si une forme d’agilité semble avoir gagné l’ICANN sous l’impulsion de Sally Costerton et de Tripti Sinha, cette approche est aussi celle de Nameshield qui s’adapte à vos besoins pour vous apporter des réponses sur mesure sur les projets de nouvelles extensions et sur bien d’autres.

ICANN71 : Le GAC au centre des attentions

ICANN71 : Le GAC au centre des attentions - Nameshield
Source de l’image : Site Internet icann.org

Quelques 56 sessions étaient planifiées du 14 au 17 juin dans le cadre du 71ième sommet de l’ICANN prévu à La Haye. Tenu une nouvelle fois exclusivement en visio-conférences en raison du contexte sanitaire mondial, pas moins d’un quart de ces sessions étaient organisées par le GAC, le comité consultatif gouvernemental qui conseille l’ICANN sur des dossiers de politiques publiques en rapport avec les responsabilités de l’ICANN sur le système des noms de domaine. Le GAC très actif sur tous les sujets d’actualité des politiques ICANN s’est clairement démarqué.

Le GAC revendique actuellement 179 membres soit une majorité des pays du monde. Cela lui donne une bonne représentativité à l’échelle globale pour parler à une instance de gouvernance globale. Très organisé, le GAC fait précéder les rendez-vous ICANN de réunions préparatoires qui permettent de recueillir les avis à des échelles locales afin de les relayer ensuite au niveau de l’instance de gouvernance. Une nouvelle fois, ce sommet a mis en lumière le fait que l’actualité des politiques ICANN est fournie.

La lutte contre les pratiques malveillantes sur le DNS

Le sujet des abus est presque devenu un marronnier des sommets de l’ICANN car il est au centre des sujets de préoccupations depuis bientôt deux années. Si les registres et les bureaux d’enregistrement sont déjà soumis à une batterie d’obligations sur ce sujet, beaucoup de parties prenantes considèrent que celles-ci sont insuffisantes pour réellement adresser ce sujet. L’année 2020 a effectivement vu les atteintes de cybersécurité exploser, en se greffant notamment sur la pandémie mondiale qui a vu la consommation encore davantage se faire via le web, notamment en raison des confinements et où les modes de travail ont dû être réinventés pour privilégier le distanciel. Force est de constater qu’à l’heure actuelle peu de choses ont avancé.

Une initiative fouillée et riche de propositions a bien été formulée par le SSAC (Security and Stability Advisory Committee) qui, dans ses 24 recommandations transmises au Board ICANN, a émis l’idée d’engager un processus de développement de politique « expéditif » (ePDP) avec pour finalité de développer une anti-abuse policy. Leur rapport transmis au Board il y a trois mois, n’a pas eu de suites à ce jour. La seconde initiative plus récente, émane de l’arcane représentant les registres, le Registry Stakeholder Group (RySG). Elle a finalisé avec l’input du GAC un cadre visant en particulier les botnets, des attaques qui utilisent des formes de chevaux de Troie pour prendre le contrôle d’ordinateurs pour former des réseaux d’ordinateurs qui permettront de perpétrer d’autres attaques. Son principe est de permettre aux registres volontaires d’adhérer à un dispositif qui les oblige à bloquer préventivement des noms en masse générés via des DGA (Domain Generation Algorithms), des algorithmes utilisés pour générer périodiquement un grand nombre de noms de domaine pouvant être utilisés comme points de rendez-vous avec leurs serveurs de commande et de contrôle. Le grand nombre de points de rendez-vous potentiels fait qu’il est difficile pour les forces de l’ordre de contrer efficacement les botnets, puisque les ordinateurs infectés tenteront de contacter certains de ces noms de domaine chaque jour pour recevoir des mises à jour ou des commandes. Le principe est donc ici préventif. Les registres bénéficieraient en contrepartie d’incentives et ne seraient pas redevables de la taxe perçue par ICANN lors de la création d’un nom. Une initiative donc plutôt à saluer mais portée plus directement par le RySG et donc non consensuelle, d’où son caractère volontaire et donc une portée très limitée.

Si le sujet du DNS abuse patine autant c’est que ce sujet est confronté à d’autres processus de développements de politiques en cours et à venir et à des intérêts divergents entre instances, l’Intellectual Property Constituency (IPC) étant par exemple très concernée par l’accès aux données de contacts dans les annuaires de noms de domaine, le RySG par le lancement du prochain round de nouvelles extensions qu’ils veulent voir avancer.

L’impact du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) sur les données d’enregistrement des noms de domaine

Rappelons que pour remplacer la Specification Temporaire, mise en place le 17 mai 2018 à quelques jours de l’application du RGPD, un processus ePDP a vu le jour. Ce processus qualifié d’expéditif a paru pourtant assez loin d’être finalisé lors de ce nouveau sommet ICANN, alors que trois années ont passé.

Segmenté en trois phases, la phase 1 vise à fournir une policy pérenne qui doit cadrer la gestion des données personnelles des noms de domaine pour remplacer la Specification temporaire qui a notamment expurgé les données personnelles des annuaires de noms de domaine (via les protocoles Whois et RDAP). Sa rédaction avance mais aucune date n’est connue quant à sa finalisation et donc possible implémentation. Le délai est en partie lié à la difficulté de transcription de certaines recommandations dont l’une était notamment en conflit avec une politique en place, la Thick Whois Transition Policy qui prévoit un transfert systématique des données de contacts détaillées des bureaux d’enregistrement vers les registres. Autre écueil : la politique recoupe comme on le voit, d’autres politiques en place qui nécessitent donc des adaptations également en cours.

La phase 2 concerne la mise en place d’un système harmonisé d’accès aux données expurgées des annuaires de noms pour les intérêts « légitimes ». Ce système est aujourd’hui connu sous l’appellation Système Standardisé d’Accès aux Données (SSAD). Premier écueil : le Generic Names Supporting Organization (GNSO), l’entité qui élabore les politiques applicables aux noms génériques, avait à la surprise générale approuvé toutes les recommandations du rapport final, même celles qui n’avaient pas obtenu de consensus. Les recommandations pour créer ce dispositif ont donc toutes été transmises au Board ICANN qui plutôt que de se prononcer et de voter sur l’application de celles-ci, a décidé d’initier d’abord une Operational Design Phase (ODP). Initiée fin mars par le Board, elle doit durer six mois et vise à identifier les étapes, les risques, les coûts et ressources à allouer avec une consultation de la communauté après franchissement d’un jalon. C’est donc une forme de cadrage de projet. La publication d’une Request for Information, est prévue en juin pour une première consultation de la communauté.

Une phase 2a, strate additionnelle du PDP, vise à évaluer la piste d’une dissociation des données de contacts de personnes morales publiables et de personnes physiques non publiables. Initiée en décembre 2020, elle a abouti à cinq recommandations dans un rapport initial ouvert à commentaires jusqu’au 19 juillet 2021. La première recommandation très commentée lors de l’ICANN71, préconise finalement de ne rien changer en permettant aux acteurs qui le veulent de faire cette différenciation. Ce processus va poursuivre son chemin avec un rapport final de recommandations qui va arriver au second semestre.

Point commun entre les deux sujets précités, le GAC considère que des améliorations sont nécessaires. Sur le SSAD, il considère notamment que le système ne va pas assez loin pour protéger les consommateurs et augmenter leur confiance. Il regrette aussi que l’évolution du dispositif dans le temps n’ait pas été cadrée et craint que le coût, l’accès se faisant avec un dispositif d’accréditation, ne soit dissuasif notamment pour ceux engagés dans la lutte contre les atteintes à la sécurité qui ont besoin d’accéder aux données d’enregistrement des noms. Sur le DNS abuse, le GAC réitère le besoin d’adresser ce sujet. Il a déjà fait plusieurs propositions lors de précédents sommets.

Et le prochain round dans tout ça ?

Sujet qui intéresse beaucoup de monde, le prochain round n’a toujours pas de date. Tout juste a-t-on appris que le Board ICANN qui vient de récupérer les derniers inputs sur les recommandations en vue d’un prochain cycle de nouvelles extensions, a confirmé engager une Operational Design Phase (ODP) pour estimer les étapes, risques et ressources nécessaires pour mettre en œuvre ces recommandations. Pas encore planifiée, le Board a indiqué avoir demandé à ICANN org de préparer un document pour cadrer l’ODP qui permettra d’élaborer la résolution qui doit l’officialiser. Cette résolution fixera un délai pour réaliser cette ODP, possiblement six mois comme pour celui visant le SSAD. 

Le GAC a pour sa part rappelé les sujets qui préoccupent plus spécifiquement ses membres. Parmi celles-ci : la prévisibilité, les engagements volontaires et obligatoires des registres (Registry Voluntary Commitments, Public Interest Commitments) avec notamment la façon d’adresser le DNS abuse, son souhait de voir le support aux nouveaux candidats mieux adapté notamment pour les zones moins favorisées, son opposition aux extensions génériques fermées, la consolidation de sa faculté à évaluer toutes les candidatures pour émettre des avis et warnings, son opposition aux enchères privées pour départager des candidats à une même extension. Il souhaite également un soutien aux applications communautaires à but non lucratif.

D’autres sujets portés par le GAC décidément très engagé

D’autres processus de développement de politiques sont en cours, comme celui concernant les Identifiants d’Organisations Gouvernementales et Non gouvernementales (IGO, INGO), un processus sur les mécanismes de protection des droits ou en phase initiale un PDP sur les transferts de noms et sur la rampe de lancement un PDP sur les IDNs. Le GAC n’a pas manqué de rappeler le sujet central de l’exactitude des données d’enregistrement jugé insuffisamment adressé par les obligations actuelles. Ce sujet va en effet s’avérer central dans la perspective des futures directives NIS2 et du Digital Services Act en cours d’élaboration au niveau européen. Le GNSO interpelé par le GAC sur l’examen de ce sujet, qui n’a en vrai pas réellement démarré, en est venu à s’excuser d’avoir trop de sujets en cours. Des tensions que le GNSO a cherché à apaiser en consacrant du temps pour examiner sa liaison avec le GAC pour l’améliorer, un GAC décidément offensif et actif.

Quid des prochains sommets

Les sommets ICANN se terminent généralement par un forum public où le public peut interpeler directement le Board. Signe d’une amélioration (temporaire ?) de l’état sanitaire sur le covid, le traditionnel forum a été consacré aux futurs sommets ICANN pour savoir s’ils doivent repasser en présentiel. De cette session, il est ressorti que la réponse n’est pas évidente. En cause, la différence des niveaux de vaccination et d’accès aux vaccins selon les pays, les conditions d’entrée aux USA actuellement restreintes, ICANN72 se tenant à Seattle et l’évolution de la pandémie qui reste incertaine. Ce forum a permis de commenter une récente enquête conduite par ICANN qui montre que la majorité des personnes intéressées par les événements ICANN ont considéré qu’il faudrait refaire des meetings en présentiel (54%). A la fin de cette session, ICANN s’est engagé à arbitrer courant juillet. Le format de l’ICANN72 pourrait être hybride, à savoir une représentation limitée sur place et le maintien du dispositif en distanciel.

Fait notable de ce sommet, beaucoup de sujets en cours et une impression que les choses avancent difficilement. Cela s’est traduit par de notables crispations entre instances et des mécontentements exprimés par exemple par le groupe des représentants d’extensions géographiques, les geoTLDs. Si pour certains, le retour en présentiel semble être la solution pour améliorer les choses, par notre présence dans certaines instances et notre participation à des groupes de travail, nous  pensons que c’est plutôt un problème de visibilité dû à un trop grand nombre de sujets lancés en parallèle dont certains se chevauchent via des processus lourds avec un manque clair de priorisation. L’ODP, ce nouvel outil qui vise à cadrer la mise en place d’un système harmonisé d’accès aux données d’enregistrement et désormais appliqué au prochain round, va peut-être améliorer en partie ces perceptions. Autre aspect à considérer, des intérêts divergents entre instances. Là les échanges facilités peuvent peut-être améliorer les choses.

ICANN70 : Au croisement de différents processus de développements de politiques

Prévu initialement à Cancun au Mexique comme l’ICANN67, le récent sommet sur la gouvernance de l’Internet a une nouvelle fois été réalisé entièrement en visio-conférences du fait de la situation sanitaire mondiale. Les PDP, les processus de développements de policies ont été le fil conducteur de ce sommet.

ICANN70
Le sommet ICANN70 a été le quatrième sommet à distance

Le PDP, Processus de développement de policies, est le mécanisme central communautaire utilisé par le Gnso (Generic Names Supporting Organization), l’organe responsable du développement des politiques concernant les noms de domaine génériques, pour proposer de nouvelles obligations et réviser des règles en vigueur pour les actualiser. Chaque PDP se traduit par une série de rapports qui en fin de parcours sont transmis au Conseil d’administration de l’ICANN, le Board ICANN, qui statue sur le devenir des recommandations qu’ils contiennent. 

Le PDP sur les nouvelles extensions génériques

C’est avec ce mécanisme qu’ICANN a lancé un programme de nouvelles extensions génériques qui a conduit à 1930 demandes au printemps 2012 et 1233 extensions déléguées à fin 2020. L’opportunité de considérer un nouveau cycle de candidatures a été matérialisée par un PDP initié par le Gnso fin 2015. Cinq années plus tard, ce processus qui vise à revoir et améliorer les recommandations du Gnso pour le cycle de 2012 est entré dans sa dernière ligne droite. C’est en effet désormais au Conseil d’Administration de l’ICANN de statuer sur les recommandations des groupes de travail qui ont œuvré sur ce PDP. Le Conseil d’Administration devrait lancer une dernière phase de consultations de la communauté avant de se prononcer sur la suite de leurs travaux. La communauté attendait une annonce en ce sens pour ce sommet ou peut-être même un calendrier pour baliser les prochaines étapes jusqu’à un prochain cycle de candidatures mais force est de constater que les espoirs ont été déçus. En effet il n’y a pas eu d’annonces, même si l’on sait que la perspective d’un futur cycle de candidatures se rapproche désormais à grands pas. En ce qui concerne le contenu des recommandations cette fois, les éléments discutés principalement lors de l’ICANN70 ont porté sur une pré-évaluation des futurs registres, l’amélioration de la prédictibilité pour évaluer les futures candidatures et l’amélioration du support des candidats.

Le PDP : Une solution pour sortir de l’impasse sur les usages malveillants du DNS ?

Autre sujet, en lien avec la mise en œuvre du PDP précité, les usages malveillants du DNS, sujet communément désigné par DNS abuse.

La surveillance des pratiques malveillantes opérée par ICANN dans les noms génériques porte sur quelques 205 millions de noms dont à peine 11% sont issus du cycle d’extensions créées à partir de 2012. Le constat réalisé au travers de leurs analyses montre qu’un million de noms concentrent ces atteintes soit 0,5% d’entre eux. Autre fait notable, les nouvelles extensions sont davantage utilisées pour des pratiques malveillantes que les extensions génériques historiques comme les .COM, .NET, .ORG, .BIZ et .INFO. En effet ICANN a indiqué qu’en février 2021, 35% des atteintes à la sécurité venaient de noms créés dans les nouvelles extensions génériques contre 65% dans les extensions historiques, un ratio qui est même monté à 40% en novembre 2020. ICANN a aussi précisé que 90% des pratiques malveillantes dans les nouvelles extensions étaient concentrées sur 23 extensions. En ce qui concerne les types d’atteintes les plus répandues, le spamming intervient à 85%, le phishing (hameçonnage) à 8,4%, les botnets (des programmes malveillants qui opèrent des tâches à distance) à 3,9% puis les logiciels malveillants à 2,7%. Les nouvelles extensions génériques concentrent davantage de pratiques de spamming et de phishing. Si depuis désormais cinq sommets le DNS abuse est devenu un sujet central d’échanges entre instances représentants les parties prenantes de la communauté Internet, les positions divergent toujours sur les mesures à prendre pour juguler ces pratiques préjudiciables. Là encore les attentes de la communauté lors de ce sommet étaient donc importantes.

Le GAC, l’instance qui représente les gouvernements, a déjà supporté l’idée d’un PDP dédié sur ce sujet. Il plaide pour une approche holistique qui concerne toutes les extensions, existantes et futures. Il a beaucoup mis en avant le travail du SSAC, le Comité Consultatif sur la Sécurité et la Stabilité qui conseille la communauté et le conseil d’administration de l’ICANN sur les questions relatives à la sécurité et à l’intégrité des systèmes d’attribution de noms et d’adresses de l’Internet. Il a en effet publié un avis avant l’ICANN70 incitant le Board avant de lancer la prochaine série de nouveaux gTLDs à commander une étude sur les causes, les réponses et les meilleures pratiques pour l’atténuation des abus de noms de domaine qui prolifèrent dans les nouveaux gTLDs du cycle de 2012. A leur crédit également une série de recommandations transmises au conseil d’administration ICANN allant de la présence systématique d’experts de sécurité dans toutes futures négociations contractuelles à un processus ePDP (un processus de développement de politiques accéléré).  Quant au Gnso, il poursuit pour le moment les consultations sans écarter le recours à un PDP.

Et l’ePDP phase 1 et 2 sur l’accès aux données d’enregistrement

Autre sujet, autre processus PDP, l’ePDP en lien avec le RGPD pour l’accès aux données d’enregistrement des noms de domaine. Initié en 2018, il avait pour ambition de remplacer une disposition temporaire qui a consisté à expurger les données personnelles des données d’enregistrement librement accessibles des noms génériques. La phase 1 de l’ePDP, non finalisée à ce jour, doit permettre de remplacer les dispositions temporaires par des dispositions pérennes. La phase 2 vise à créer un système standardisé d’accès aux données pour les demandes légitimes communément appelé SSAD. Celle-ci est aujourd’hui arrivée en fin de parcours puisqu’elle est désormais entre les mains du Conseil d’Administration de l’ICANN après que le Gnso ait approuvé toutes les dispositions formulées par les groupes de travail qui ont travaillé sur ce sujet, même celles qui n’ont pas obtenu de consensus. Le Gnso a assumé cette prise de position sous prétexte qu’il fallait savoir prendre ses responsabilités et que les recommandations constituaient un tout, une entorse au processus de création de nouvelles politiques qui se veut normalement consensuel et qui a conduit l’ALAC (At-Large Advisory Committee) qui représente les utilisateurs finaux à exprimer des préoccupations, l’IPC (Intellectual Property Constituency) qui représente les intérêts de la communauté de la propriété intellectuelle allant même jusqu’à demander à ne pas poursuivre l’examen des recommandations. Du côté du Board ICANN, on a tout juste appris qu’ils lançaient une Phase de Design Opérationnelle pour considérer l’opérabilité du futur système. Il entend se positionner sur les recommandations dans un second temps.

Un nouveau PDP sur les politiques de transferts de noms

Un autre processus PDP a été officiellement mis sur les rails lors de l’ICANN70 pour réviser les règles de transferts de noms de domaine : transferts entre bureaux d’enregistrement et transferts entre deux titulaires. Ce dernier ambitionne de simplifier, sécuriser et de rendre plus efficace les transferts de noms. Un vaste chantier qui pourrait s’étendre sur plusieurs années…

Des préoccupations autour de la concentration du secteur

Indicateur des préoccupations de la communauté Internet, le forum public a cette année été marqué par de nombreuses questions autour de la concentration qui s’accélère parmi les acteurs des noms de domaine. Dernier en date Ethos Capital, une société de capital-investissement fondée en 2019 qui après avoir racheté l’opérateur du .ORG, PIR, vient de racheter Donuts qui gère pas moins de 242 nouvelles extensions génériques et qui avait récemment racheté Afilias qui est entre autre gestionnaire de l’extension .INFO. La communauté a exprimé des inquiétudes sur ces nouveaux acteurs dont les attentes ne sont pas nécessairement en phase avec l’un des totems de l’ICANN qui est de défendre la concurrence, la confiance et le choix des consommateurs. ICANN de son côté ne voit pas de problème dans ce phénomène devenu tendanciel car ces rapprochements déclenchent des procédures de contrôle très encadrées pour analyser et approuver les changements induits. 

L’ICANN70 a mis en avant le fait qu’ICANN se penchait sur de nombreux sujets potentiellement très impactant dans la gestion des noms de domaine, des sujets qui dans la plupart des cas sont sur le point de se matérialiser par de nouvelles politiques que Nameshield va mettre en œuvre pour ses clients. Au delà de ce cadre, Nameshield, acteur français indépendant, a déjà mis en place des solutions qui apportent des réponses à des problèmes auxquelles ces politiques doivent remédier. N’hésitez pas à vous rapprocher de votre conseiller avec votre besoin pour que nous puissions étudier ensemble les solutions que nous pouvons déjà y apporter.