ICANN87 : nouveau round, abus DNS, données privées au cœur des décisions

ICANN87 à Bali : round 2026, abus DNS, accès aux données. Les dossiers clés et les réflexes à adopter pour les titulaires de marques.

À Bali en Indonésie, l’ICANN est entré dans la phase concrète du round 2026, a préparé de nouvelles obligations contre les abus DNS et poursuivi le chantier sensible de l’accès aux données d’enregistrements non publiques. Trois dossiers que nous avons suivi de près.

Du 17 au 22 octobre 2026, l’ICANN a retrouvé l’Asie-Pacifique pour sa 87e réunion publique, au Bali International Convention Center, en Indonésie. Cette édition était aussi l’Annual General Meeting (AGM), l’Assemblée Générale Annuelle, qui combine les travaux habituels de politiques avec le renouvellement de certaines fonctions de gouvernance et un bilan des orientations de l’organisation.

Les discussions ont commencé dès le samedi 17 octobre : un week-end studieux préalable à la semaine d’échanges où le round 2026, la lutte contre les abus DNS et l’accès aux données d’enregistrement ont déjà dominé les sessions. Lundi, lors de la traditionnelle Cérémonie d’ouverture, Tripti Sinha, la présidente du Conseil d’administration de l’ICANN, a rappelé la réussite fondamentale de la gouvernance multipartite : dix ans après la transition de la supervision IANA et « de changements exponentiels », « le DNS ne s’est pas fragmenté ». Reste à démontrer que ce modèle sait produire des résultats suffisamment rapides et concrets.

Tripti Sinha lors de la Cérémonie d’ouverture de l’ICANN87

Round 2026 : 1 615 candidatures, et maintenant?

Le Reveal Day (NDLR : jour de dévoilement des chaînes) du 7 octobre a dévoilé 1 615 candidatures, dont 333 .BRAND, déposées par 481 organisations. Ces chiffres restent néanmoins provisoires jusqu’au String Confirmation Day (NDLR : Jour de confirmation des chaines) du 17 novembre. C’est en effet l’une des différences majeures par rapport au round de 2012 : les candidats ont eu la possibilité de positionner une chaine de remplacement qu’ils ont pu substituer à leur chaine initiale jusqu’au 21 octobre.

À Bali, le constat dressé a fait état de 263 ensembles de contention potentiels identifiés concernant 891 candidatures, un taux nettement supérieur au round 2012. Post Reveal Day, il y avait en effet 751 candidatures identifiées en contention sur un total de 1930. La bataille ne fait donc que commencer.

Le GAC, l’instance qui représente les gouvernements, invite ces derniers à examiner les chaînes publiées, à repérer les dossiers sensibles et à préparer d’éventuelles alertes précoces. Pour les registres de marques, la priorité est opérationnelle : surveiller les chaînes concurrentes ou proches, vérifier les remplacements de chaines, suivre les contentions et anticiper les commentaires et objections.

La prochaine étape décisive débutera après la confirmation des chaînes, avec une période de contributions et d’objections qui doit courir jusqu’au 16 mars 2027. L’évaluation du round en termes de succès va prendre du temps car elle ne peut pas se limiter au nombre de candidatures déposées : il faudra regarder combien seront contractualisées, déléguées et réellement utilisées.

Le programme de soutien aux candidats illustre cet enjeu. Les chiffres rapportés lors des sessions évoquent 78 demandes soumises dont 56 ont été approuvées, mais 51 candidatures seulement issues de candidats soutenus figuraient au Reveal Day. Le GAC veut comprendre les abandons et mieux accompagner les candidats pendant les étapes suivantes. Autre signal marquant pour le GAC : les candidatures IDN, des extensions internationalisées, ne représentent que 1,3 % du total. Elle représentaient près de 6% en 2012.

Abus DNS : jusqu’où les registrars et les registres devront-ils enquêter ?

La lutte contre les abus DNS pourrait entraîner de nouvelles obligations pour les registres et les bureaux d’enregistrement après l’ajout de nouvelles exigences en 2024. Un premier processus de développement de politiques en cours, le PDP1, porte notamment sur les Associated Domain Checks (NDLR : vérifications de domaines associés) lorsqu’un domaine est identifié comme associé à un abus. Le bureau d’enregistrement serait amené à rechercher d’autres domaines liés au même client ou à la même activité.

Le rapport initial du PDP1 a été soumis à consultation et est actuellement retravaillé à la lumière des commentaires. L’objectif est d’avancer rapidement, avec un rapport final espéré fin novembre et une transmission au Conseil du GNSO, l’instance des politiques de domaines génériques, en décembre.

Comme l’ont rappelé certains participants, le point sensible reste la proportionnalité. Un domaine compromis à l’insu de son titulaire n’est pas équivalent à un domaine enregistré à des fins malveillantes. Quels indices suffiront à établir un lien entre plusieurs domaines ? Quelles vérifications seront raisonnablement exigibles ? Comment éviter qu’un signalement entraîne la suspension d’un portefeuille entier, y compris de domaines sans rapport avec l’abus ?

Un second processus de développement de politique, dit PDP2, encore à son lancement, explore de son côté les moyens de limiter les enregistrements abusifs à grande échelle, notamment par des comptes nouveaux ou considérés comme non fiables. Sur ce second processus, des participants ont rappelé qu’un volume important d’enregistrements peut répondre à des besoins légitimes des titulaires.

Le GAC continue de son côté à pousser pour des contrôles efficaces et des données d’enregistrement plus exactes. Les registres et bureaux d’enregistrement doivent, eux, veiller aux coûts, aux contraintes opérationnelles et aux risques de faux positifs. L’enjeu va donc consister à renforcer la sécurité sans transformer la lutte contre les abus en mécanisme de suspension disproportionné.

Accès aux données : le SSAD revient, mais avec quelles garanties ?

L’accès aux données d’enregistrement non publiques reste un point d’échanges sujets à friction entre les besoins des autorités et des titulaires de droits, d’une part, et la protection de la vie privée, d’autre part.

En mars 2026, le Conseil d’administration de l’ICANN n’avait pas adopté les 18 recommandations initiales du SSAD (System for Standardized Access/Disclosure). Il avait demandé une approche plus pragmatique, tirant notamment les enseignements du RDRS (Registration Data Request Service), un service pilote pour des demandes d’accès aux données d’enregistrement en test depuis novembre 2023. À Bali, les travaux sur le SSAD ont abouti à 12 projets de recommandations complémentaires. Une consultation publique est prévue en novembre avant une transmission au Conseil du GNSO estimée au printemps 2027.

En parallèle, un groupe de travail étudie l’authentification des autorités d’application de la loi souhaitant accéder au service, notamment via leurs comptes institutionnels. Mais une distinction essentielle a été rappelée lors des échanges : authentifier un demandeur ne signifie pas autoriser automatiquement la divulgation.

Extensions internationalisées : deux avancées, malgré un round décevant sur les IDN

Le contraste est frappant : les candidatures IDN restent marginales dans le round 2026, mais deux dossiers de politique ont progressé à Bali.

Le Conseil du GNSO a approuvé le rapport final sur les caractères diacritiques de l’alphabet latin, avec 45 recommandations et 12 éléments de guidage. Un caractère diacritique est un signe ajouté à une lettre pour en modifier la prononciation ou la distinguer d’une autre, comme l’accent aigu dans é, ou l’umlaut (ä, ö, ü) en allemand. Le texte vise les extensions qui diffèrent par un signe diacritique sans être considérées comme des variantes au sens des règles actuelles sur les IDN. Il propose, sous certaines conditions, qu’un même opérateur puisse à l’avenir exploiter les deux chaînes, avec des garanties contre la confusion et pour la stabilité du DNS. Cette avancée est notable car des candidatures ont pâti de ce gap dès le round de 2012. Ce dossier passe désormais à la mise en œuvre.

Lors du traditionnel Conseil d’administration ouvert au public, session qui marque la fin de l’AGM, le Board ICANN a également approuvé l’essentiel de la politique de la ccNSO, l’instance qui représente les extensions pays, sur la sélection et la désélection des extensions représentant des pays ou territoires dans des alphabets autres que le latin. Il existe par exemple aujourd’hui pour la Russie le .ru (latin) et .рф (cyrillique). La nouvelle politique qui va pouvoir passer dans sa phase de mise en œuvre établit un cadre complet pour gérer les extensions nationales en écritures non latines sur l’ensemble de leur cycle de vie : sélection, délégation, transfert et retrait. Elle prévoit aussi la gestion des variantes d’une même extension.

Ces deux avancées montrent que les règles progressent, mais le faible nombre de candidatures IDN rappelle que l’adoption dépend aussi de l’usage, de la préparation technique et de l’intérêt des candidats.

Le vrai test : passer des politiques à l’exécution

À Bali, l’ICANN a clarifié plusieurs échéances et chantiers, mais leur portée dépendra désormais de leur mise en œuvre. Avant Lisbonne où se tiendra l’ICANN88 en mars 2027, pour les détenteurs de marques et de portefeuilles de domaines plusieurs risques sont à prendre en considération.

Voici quatre réflexes à adopter dès maintenant :

  • Surveillez les nouvelles extensions. Identifiez les candidatures susceptibles d’affecter vos marques, les chaînes proches et les situations de contention avant qu’il ne soit trop tard pour agir.
  • Auditez votre patrimoine DNS. Vérifiez vos domaines, sous-domaines, délégations et CNAME, notamment ceux liés à des services tiers susceptibles d’avoir été abandonnés.
  • Préparez-vous au renforcement des contrôles anti-abus et à des changements sur l’accès aux données d’enregistrement. Les futures règles pourraient modifier les vérifications et mesures attendues de la part des bureaux d’enregistrement dans un contexte de net renforcement des vérifications déjà nécessaires sur les extensions pays.
  • Élargissez votre veille aux variantes de marques. Intégrez les accents, les caractères internationalisés et les ressemblances visuelles dans votre stratégie de protection, au-delà des seules correspondances exactes.

Appuyez-vous sur nos conseillers et nos solutions pour simplifier la mise en œuvre de ces mesures : n’hésitez pas à nous contacter.

Round ICANN 2026 : que nous disent vraiment les chiffres du Reveal Day ?

Le Reveal Day ICANN du 7 octobre 2026 donne enfin une première photographie du dernier round de candidatures aux extensions Internet, les fameux nouveaux TLD. Découvrez en détail les premières données consolidées et notre analyse de ces résultats.

Le Reveal Day ICANN du 7 octobre 2026 donne enfin une première photographie du dernier round de candidatures aux extensions Internet, les fameux nouveaux TLD.

Et cette photographie mérite d’être regardée avec un peu de recul : 1 615 candidatures ont été déposées, soit moins que lors du round de 2012, mais le nombre brut de candidatures ne raconte qu’une partie de l’histoire. Entre une candidature déposée, un contrat signé avec l’ICANN et une extension Internet effectivement déléguée, le chemin est encore long. Le taux de conversion de ce nouveau round reste par définition, inconnu à ce stade.

2026 : 1 615 candidatures, dont 333 marques

La fenêtre de candidatures était ouverte du 30 avril au 12 août 2026. L’ICANN a révélé ce 7 octobre les premières données consolidées du round : 1 615 candidatures, déposées par 481 candidats.

Parmi elles :

  • 333 candidatures de marques, soit environ 21 % ;
  • 16 candidatures communautaires ;
  • 15 candidatures s’identifiant comme géographiques ;
  • 21 candidatures IDN ;
  • 9 candidatures de variantes ;
  • 51 candidatures déposées par des bénéficiaires de l’Applicant Support.

Des données de l’ICANN, on peut par ailleurs extrapoler qu’il va y avoir au moins 1003 nouvelles extensions distinctes vouées à être exploitées certainement de manière ouverte.

La part des extensions Internet ouvertes est donc très importante mais une précaution méthodologique doit être considérée car ces catégories ne sont pas nécessairement exclusives. Une même candidature peut en effet relever de plusieurs catégories.

Par ailleurs, l’ICANN précise que ces chiffres constituent un snapshot au 7 octobre. Ils vont certainement évoluer à l’issue de la période de remplacement des chaînes, avant leur confirmation définitive le 17 novembre.

Une géographie toujours très concentrée

La répartition géographique confirme une tendance déjà visible en 2012.

En 2026, l’Amérique du Nord représente à elle seule plus de la moitié des candidatures.

L’Europe arrive loin derrière avec un peu plus de 31 %, tandis que la région Asie-Pacifique représente environ 13,5 %. Les candidatures provenant d’Afrique et d’Amérique latine restent, comme en 2012, très minoritaires.

2026 vs 2012 : moins de candidatures, mais surtout une autre répartition

En 2012, l’ICANN avait reçu 1 930 candidatures, provenant de 60 pays et territoires. Parmi celles-ci, 84 étaient déclarées « community-based » (communautaires), 66 géographiques et 116 IDN (internationalisées). La répartition géographique était de 911 candidatures en Amérique du Nord, 675 en Europe, 303 en Asie-Pacifique, 24 en Amérique latine/Caraïbes et 17 en Afrique.

La première différence est donc quantitative : le round 2026 compte environ 16 % de candidatures en moins qu’en 2012.
Mais la différence la plus intéressante se situe peut-être dans la nature des candidatures.
Les candidatures communautaires passent de 84 à 16, les géographiques de 66 à 15, et les extensions IDN (internationalisées) de 116 à 21.

Du côté des marques, la comparaison demande davantage de prudence. En 2012, l’ICANN ne disposait pas encore d’une catégorie officielle « .marque ». L’OMPI estimait à environ 664 le nombre de candidatures de type .marque.

En 2026, l’ICANN identifie explicitement 333 “brand applications” (candidatures à un .marque).

On peut donc constater que la présence des marques est nettement moins importante en volume qu’en 2012 mais ces chiffres sont à relativiser car les méthodes de classification ne sont pas identiques.

Une prudence qui semble plus grande qu’en 2012

Le round de 2012 avait été lancé dans un contexte d’ouverture inédite du DNS : pour les entreprises, les marques, les communautés et les opérateurs de registre, la possibilité de créer son propre espace de noms de domaine constituait une opportunité largement nouvelle.

Quatorze ans plus tard, le marché dispose de beaucoup plus de recul.

Les entreprises savent désormais bien mieux ce qu’implique réellement l’exploitation d’un TLD : investissement initial, coûts récurrents, gouvernance, conformité, sécurité, stratégie de lancement, adoption par les utilisateurs, réputation et, pour les marques, intérêt réel d’exploiter un espace .marque.

Une extension internet doit désormais davantage trouver sa justification économique et stratégique. Dans un contexte économique plus contraint, ces éléments et le fait que beaucoup de .marque soumis en 2012 n’aient pas réussi à démontrer ces capacités, peut expliquer une plus grande prudence.

Le fait que les candidatures de marques passent d’une estimation d’environ 664 en 2012 à 333 en 2026 va dans ce sens, même si les méthodes de comptage ne permettent pas d’en faire une comparaison statistique parfaite.

À l’inverse, avec 1 282 candidatures qui ne sont ni communautaires ni géographiques et une forte concentration des candidatures en Amérique du Nord et en Europe, ce round confirme qu’il existe toujours un marché pour les nouveaux espaces de domaines.

Les prochaines étapes : remplacer, confirmer… puis commencer vraiment

Le prochain rendez-vous est d’abord la Replacement Period (période de remplacement des chaines), du 8 au 21 octobre 2026, donc pendant que se tiendra l’ICANN87. Les candidats ayant prévu une chaîne de remplacement pourront, sous certaines conditions, substituer celle-ci à leur chaîne principale. Cela peut leur éviter d’être en concurrence avec un autre candidat. On notera que sur ce round l’extension .agent obtient la palme d’or du plus grand nombre de candidatures : 13 candidatures. En 2012, il s’agissait du .app avec également 13 candidatures.

Puis viendra le String Confirmation Day (le jour de confirmation des chaînes), le 17 novembre 2026.

L’ICANN publiera alors la liste finale des chaînes candidates ainsi que la nouvelle configuration des chaines en concurrence. Cette date marquera également le début de la période des Community Input (consultations de la communauté) et des objections.

Nous disposerons alors d’une photographie beaucoup plus stabilisée de ce que sera réellement la nouvelle génération de gTLDs.
Il faudra ensuite regarder le nombre de candidatures qui franchiront successivement l’évaluation, les éventuelles contentions et objections, la contractualisation, puis la délégation.

En 2012, sur les 1 930 candidatures, 1 241 extensions ont été déléguées, soit 64% d’entre elles, des statistiques qui ne tiennent pas compte des contrats résiliés et TLD retirés de la zone racine.

En 2026,  1 615 candidatures viennent de remettre le sujet des TLDs sur la table. Reste maintenant à voir combien auront envie de rester à table lorsqu’arrivera la suite des réjouissances.

Nameshield a l’expérience et toute l’expertise nécessaire pour vous aider à franchir toutes les prochaines étapes à venir avec succès et à faire en sorte de valoriser au mieux votre nouvel investissement.  Sollicitez nos conseillers pour plus d’informations sur nos solutions d’accompagnement post-candidature.

Sources :

Préparez-vous au .web, l’extension qui aura attendu plus de trente ans son lancement

Le 22 juillet dernier, l’opérateur de registre Verisign annonçait la délégation du .web. L’information aurait presque pu paraitre inaperçue durant cet été caniculaire où l’industrie des noms de domaine était concentrée sur la fenêtre de candidature du nouveau round ICANN refermée le 12 août dernier. Cette délégation qui annonce donc le lancement prochain du .web constitue un événement majeur dans l’industrie du nommage.

Le 22 juillet dernier, l’opérateur de registre Verisign annonçait la délégation du .web. L’information aurait presque pu paraitre inaperçue durant cet été caniculaire où l’industrie des noms de domaine était concentrée sur la fenêtre de candidature du nouveau round ICANN refermée le 12 août dernier.

Cette délégation qui annonce donc le lancement prochain du .web constitue un événement majeur dans l’industrie du nommage. Le .web a en effet été vu très tôt comme ayant une vocation universelle susceptible de devenir une véritable alternative au .com.

Candidate avant même la création de l’ICANN, puis au cœur du programme des nouveaux gTLDs lancé en 2012, cette extension n’arrive finalement sur le marché qu’en 2026, après plus de dix ans de procédures et près de trente ans d’histoire.

Retour sur un dossier emblématique qui a profondément influencé les règles du dernier round des nouveaux gTLD.

Une extension imaginée avant même l’ICANN

Peu de lecteurs savent que le .web n’est pas né en 2012.

En effet, dès 1996, la société californienne Image Online Design (IOD) propose un .web sur un système DNS alternatif mais qui n’est pas intégré à la racine DNS officielle. À cette époque, l’une des figures fondatrices d’Internet Jon Postel, avait déjà envisagé l’ajout d’extensions supplémentaires aux extensions historiques comme le .com, .net, .org. Cependant en 2000, lorsque l’ICANN lance son premier vrai processus de sélection de nouveaux gtlds, le .web soutenu par IOD n’est pas retenu ce qui met fin au projet.

2012 : Sept candidats pour une seule extension

Il faudra attendre 2012 et le lancement par l’ICANN d’une série de nouvelles extensions avec des règles de candidatures plus ouvertes pour voir resurgir des projets de création d’un .web. Si l’extension .app recueille alors le record de 13 candidatures, le .web suscite le plus vif intérêt avec sept candidatures, la plupart y voyant une réelle alternative au .com.

L’enchère record qui change tout

En 2012, lorsque plusieurs candidats se disputaient la même extension, les règles de l’ICANN prévoyaient d’abord une résolution privée du conflit. À défaut d’accord, une enchère de dernier recours permettait de départager les candidats. Pour le .web, aucun accord n’a été trouvé et l’enchère organisée les 27 et 28 juillet 2016, s’est conclue par la victoire de Nu Dot Co, pour 135 millions de dollars, un montant alors sans précédent pour un nouveau gTLD.

Quelques jours plus tard, Verisign a confirmé avoir financé l’offre de Nu Dot Co, dans le cadre d’un accord prévoyant que le contrat de registre puisse ensuite lui être transféré, sous réserve de l’accord de l’ICANN. Cette annonce a ouvert alors une nouvelle phase dans l’histoire du .web : plusieurs candidats ont contesté la procédure, tandis que l’ICANN a engagé les différentes étapes de revue et de résolution qui vont finalement repousser le lancement de l’extension.

Pourquoi le lancement a-t-il pris dix ans ?

On pourrait imaginer que le lancement du .web a ensuite été retardé par des difficultés techniques. Il n’en est rien. Après l’enchère de 2016, la procédure s’est poursuivie au fil de plusieurs recours, procédures d’Independent Review Process et examens successifs par l’ICANN, portant notamment sur les conditions de l’opération, le financement de l’offre de Nu Dot Co et les enjeux concurrentiels liés à l’exploitation du .web. Plusieurs décisions et réexamens du Board de l’ICANN vont ainsi se succéder avant que le dossier puisse finalement avancer.

2026 : enfin le lancement

Finalement délégué dans la racine en juillet 2026, le .web entre désormais dans sa phase de lancement, avec une période Sunrise à venir, une période d’accès prioritaire, puis son ouverture générale à une date encore non officialisée. Verisign prépare cette ouverture avec soin en s’appuyant sur l’expérience de son infrastructure .com et .net, éprouvée depuis des décennies.

Reste une question plus commerciale que technique : le contexte de 2026 est-il favorable pour un tel lancement ? Depuis le lancement de la première vague de nouveaux gTLDs, le paysage du nommage s’est considérablement transformé. Plus d’un millier de nouvelles extensions ont fait leur apparition, certaines ayant réussi à s’installer durablement, comme .xyz, .shop ou .online et d’autres vont arriver l’année prochaine avec le round 2026. Le .web bénéficie donc aujourd’hui d’un marché beaucoup plus mature et d’habitudes d’enregistrement qui ont évolué. Arrive-t-il trop tard pour bouleverser le marché ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. Mais une chose est certaine : après trente ans d’attente, le .web dispose enfin de tous les éléments pour écrire sa véritable histoire.

Au moment où le prochain round des nouveaux gTLDs entre dans la phase d’examen des candidatures, le lancement du .web clôt symboliquement le cycle ouvert en 2012. Après plus d’une décennie de procédures, l’industrie va enfin pouvoir mesurer le potentiel réel de cette extension longtemps présentée comme la seule capable de rivaliser avec le .com. Dans le même temps, les enseignements tirés de ce dossier qui a constitué un vrai cas d’école pour l’ICANN, ont façonné les règles du nouveau programme, avec l’ambition de rendre les futurs lancements plus rapides, plus transparents et moins litigieux.

Suivez nos prochaines publications pour connaitre les dates et conditions d’ouverture du .web. Vos conseillers restent à votre écoute.

Lancement du dot WEB - Les dates clés

ICANN86 : Nouveau round ICANN ouvert, intelligence artificielle et abus du DNS

ICANN86
Source de l’image : Site de l’ICANN

Du 8 au 11 juin 2026, la communauté ICANN s’est retrouvée à Séville en Espagne pour l’ICANN86 Policy Forum. L’Espagne accueillait pour la deuxième fois une réunion publique de l’ICANN après l’ICANN63 organisé à Barcelone en octobre 2018. À l’extérieur, Séville offrait déjà un avant-goût de l’été andalou ; à l’intérieur, la climatisation du centre FIBES permettait aux 1 337 participants présents de conserver toute leur énergie pour les 116 sessions prévues. Un contraste apprécié au moment d’aborder les sujets chauds de cette édition, suivie également par 548 participants à distance.

Au menu, des sujets très suivis : le cycle de candidatures aux nouvelles extensions génériques désormais ouvert depuis le 30 avril dernier, la lutte contre les abus du DNS mais aussi l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur le secteur des noms de domaine. Ils ont largement dominé les discussions dans les couloirs comme dans les salles de réunions.

ICANN86
Le centre de conférences FIBES à Séville, lieu de l’ICANN86

Le prochain round est lancé, tandis que le SPIRT se met en place

La fenêtre de candidatures pour la nouvelle série d’extensions de noms de domaine est déjà à mi-chemin de sa fermeture prévue le 12 août prochain. A Séville, les échanges ont essentiellement porté sur les derniers ajustements opérationnels, la préparation des candidats et la capacité de l’écosystème à absorber un volume potentiellement important de dossiers. Aucun chiffre officiel n’a filtré sur le nombre de candidats qui se sont déjà positionnés. Pour les extensions fermées dédiées aux marques, les dot brands, la communauté a majoritairement partagé le constat que la fenêtre de candidatures concentrée sur quinze semaines en plein été, n’est pas adaptée aux cycles de décisions internes des entreprises. 

Si le dispositif de mise en œuvre du cycle de candidatures apparaît largement stabilisé, les discussions ont également permis de mesurer l’importance du Standing Predictable Implementation Review Team (SPIRT), un mécanisme conçu pour traiter les questions d’interprétation ou les difficultés qui pourraient apparaître durant la mise en œuvre des recommandations de la politique SubPro liée à cette nouvelle série. Le SPIRT va réellement intervenir lors de l’examen des candidatures. Il est né directement d’un constat issu du round 2012 : le guide de candidatures ne pouvait pas prévoir tous les cas de figure rencontrés pendant l’évaluation et la délégation des nouvelles extensions. Lorsqu’un problème inédit apparaissait, il n’existait pas de mécanisme clair permettant de déterminer rapidement s’il fallait simplement interpréter le guide de candidatures, modifier une procédure ou renvoyer la question vers un processus de politique beaucoup plus lourd. Le cadre de prévisibilité (« Predictability Framework ») et le SPIRT ont été créés pour traiter précisément ces problématiques qui risquent de se poser à nouveau lors de cette nouvelle série.

Intelligence artificielle et abus : des sujets omniprésents qui dépassent le rythme de l’ICANN

L’intelligence artificielle s’est aussi invitée dans les sessions de la semaine sévillane et a d’ailleurs constitué l’un des thèmes les plus suivis de cette édition. Plusieurs sessions ont en effet été consacrées à l’impact de l’IA sur l’écosystème des noms de domaine et en particulier sur les abus du DNS. Nombreux ont été les participants sur place à devoir rester debout ou à s’assoir sur le sol.

ICANN86 - L’une des sessions sur l’IA et les abus du DNS
L’une des sessions sur l’IA et les abus du DNS

L’ICANN86 a permis de rappeler que l’IA ne crée pas une nouvelle catégorie d’abus du DNS mais qu’elle permet notamment d’industrialiser sans connaissances spécifiques les abus existants. Elle permet de produire davantage de domaines malveillants, des contenus de phishing plus crédibles et des campagnes plus ciblées. Mais elle offre également de nouveaux moyens de détection et d’analyse. Cette double réalité a largement dominé les discussions de Séville, où de nombreux participants ont souligné le risque de voir l’évolution technologique dépasser la capacité des processus de gouvernance de l’ICANN à s’adapter.  

L’institut NetBeacon a résumé l’impact de l’IA en évoquant un phénomène émergent, l’IA étant susceptible d’accélérer l’ampleur et la gravité des attaques en rappelant que la part des abus générés par l’IA reste difficile à déduire des données, l’automatisation étant possible sans IA. Pour les remédiations, l’IA peut être utile à condition d’être utilisée avec prudence, en complément de processus humains. Pour la gouvernance, l’institut a plaidé pour que les travaux sur les politiques s’appuient sur de grands principes et se concentrent sur des problèmes spécifiques pouvant être résolus.

Ces sessions ont aussi mis en lumière une réalité connue : l’ICANN apparaît souvent en décalage avec les réalités du marché. Son modèle multipartite repose en effet sur des processus d’élaboration de politiques longs, structurés et fondés sur la recherche du consensus. Si cette approche garantit la légitimité des décisions, elle rend difficile une réponse rapide à des phénomènes qui évoluent parfois en quelques mois seulement.

Les abus du DNS restent au cœur des travaux politiques

La lutte contre les abus du DNS demeure en tout cas l’un des principaux chantiers de politiques de l’ICANN. Plusieurs travaux sont en cours.

Le premier concerne les « Associated Domain Checks », souvent désignés comme le PDP1 sur les abus du DNS. Ce processus d’élaboration de politique vise à examiner les contrôles pouvant être effectués sur des ensembles de noms de domaine liés entre eux afin d’améliorer la détection d’activités abusives. Son calendrier actuel prévoit une finalisation des travaux à l’horizon novembre 2027.

Le deuxième chantier, désigné comme PDP2, doit porter sur les garanties entourant l’accès aux interfaces de programmation (API) utilisées dans le cadre des nouveaux enregistrements. Ces travaux, qui concernent principalement les registrars, n’ont pas encore débuté mais figurent parmi les prochaines étapes identifiées.

Un PDP3 va aussi se concentrer sur les obligations et mesures applicables aux registres afin de renforcer la prévention et le traitement des abus. Ces deux PDP pourraient être menés en parallèle si les ressources nécessaires peuvent être mobilisées pour mener ces deux sujets de front.

Sur ces différents sujets, les positions du Governmental Advisory Committee (GAC), l’instance représentant les gouvernements et du Country Code Names Supporting Organization (ccNSO) qui représente les registres d’extensions pays, continuent de jouer un rôle important. Le GAC pousse régulièrement pour des mesures plus robustes et une action plus rapide face aux abus affectant les utilisateurs. Le ccNSO, tout en partageant l’objectif de lutte contre les usages malveillants, demeure attentif à la préservation des spécificités des registres nationaux et à l’équilibre entre efficacité opérationnelle et contraintes réglementaires. Les échanges de Séville ont confirmé que ces deux organisations continueront d’influencer les débats à mesure que ces travaux vont progresser.

Cap sur Bali et les premiers enseignements du nouveau round

Les regards se sont désormais tournés vers l’ICANN87 qui se tiendra à Bali à la fin du mois d’octobre 2026.

Cette réunion devrait intervenir à un moment particulièrement stratégique. La fenêtre de dépôt des candidatures du prochain round des nouvelles extensions sera alors fermée et la communauté disposera potentiellement des premiers éléments concrets sur le niveau de participation. Si le calendrier est respecté, le traditionnel « Reveal Day » (Jour des révélations) pourrait avoir eu lieu, offrant une première photographie des projets déposés, des chaînes les plus convoitées et des acteurs engagés dans cette nouvelle phase d’expansion de l’espace des noms de domaine.

L’ICANN86 a montré que le programme de la nouvelle série d’extensions de noms de domaine avance conformément au calendrier envisagé par l’ICANN. Point de préoccupation largement partagé parmi les participants à Séville, la fenêtre de candidatures ouverte uniquement durant 15 semaines dont la moitié tombe en plein été n’est pas adaptée aux candidats à des .brand. Un sujet que Nameshield a porté au nom des entreprises qui peinent à boucler leur décision sur un projet de Brand TLD. Le processus de décisions sur de tels projets est en effet long en raison de contraintes organisationnelles et la période estivale n’est pas propice en termes de disponibilité pour beaucoup d’interlocuteurs décisionnaires. Il faut néanmoins garder en tête qu’à l’heure actuelle, la fenêtre de dépôts des projets va bien se refermer le 12 août prochain et qu’à l’heure de la publication de cet article, c’est donc la toute dernière opportunité de positionner votre projet. Nameshield mettra en œuvre tous ses efforts pour construire et soumettre votre projet dans le peu de temps qu’il reste, mais il faut agir tout de suite.

À l’heure où l’intelligence artificielle permet de générer à grande échelle des contenus frauduleux et des attaques de plus en plus convaincantes, le .brand apparaît comme une réponse étonnamment simple à un problème complexe. Si l’IA peut imiter une marque, elle ne peut pas enregistrer un nom de domaine sous son extension : un .brand est en effet un espace de nommage fermé, réservé à la marque. Chaque domaine y est, par définition, authentique. Au prochain sommet ICANN, dans quatre mois, l’heure sera déjà au bilan des candidatures positionnées, potentiellement sur des marques concurrentes qui auront su saisir cette opportunité unique.

NIS2 : Le registre DENIC mise sur le renforcement de la confiance dans le .DE

NIS2 : Le registre DENIC mise sur le renforcement de la confiance dans le .DE
Source de l’image : Samuel Hagger via Unsplash

La directive européenne de cybersécurité NIS2 qui vise à renforcer le niveau global de cybersécurité au sein de l’Union Européenne, en imposant de nouvelles obligations aux acteurs jugés critiques pour le fonctionnement des infrastructures numériques, est aujourd’hui transposée dans 19 États membres. Contrairement à la première directive NIS, le texte inclut explicitement les opérateurs DNS et les noms de domaine.

La transposition de NIS2 dans la législation allemande devenue effective depuis le 6 décembre 2025, a conduit DENIC, le registre de l’extension .DE, à adapter ses procédures et ses politiques de gestion des noms de domaine. Cette évolution revêt une importance particulière compte tenu du poids du .DE, qui représente près de 18 millions de noms de domaine actifs et constitue aujourd’hui l’extension pays (ccTLD) la plus importante au monde après le .CN de la Chine.

À l’instar d’autres opérateurs de registres en particulier, ceux représentant des extensions pays intra-UE, DENIC a engagé plusieurs mesures concrètes afin de renforcer la fiabilité des données d’enregistrement et de limiter les usages abusifs. Les registrars accrédités sur le .DE doivent mettre en œuvre des contrôles permettant de vérifier que le titulaire déclaré d’un nom de domaine correspond bien à la personne ou à l’entité qu’il prétend être. Ces vérifications reposent notamment sur la collecte d’éléments d’identification ou de justificatifs de domiciliation. En cas d’audit ou de contrôles ciblés, le titulaire dispose d’un délai de sept à trente jours selon les contextes, pour transmettre les éléments d’identification demandés. À défaut, le nom de domaine peut être désactivé, puis supprimé. DENIC se réserve également la possibilité de suspendre ou de ne pas activer certains noms de domaine identifiés comme potentiellement abusifs ou frauduleux.

Si ces évolutions s’insèrent dans le cadre de la mise en conformité à la directive européenne, elles traduisent aussi une volonté du registre de renforcer le positionnement du .DE comme extension de confiance et de réduire les usages malveillants liés au phishing, aux spams ou aux campagnes frauduleuses.

Ce sujet fait aussi l’objet de politiques nouvelles au niveau des extensions génériques sous l’impulsion de l’ICANN. Pour DENIC en tout cas, elles marquent un changement majeur, car le registre est historiquement réputé pour son fonctionnement relativement ouvert et peu contraignant en matière de vérification des titulaires. L’évolution va en tout cas dans le sens de plusieurs travaux académiques et rapports spécialisés consacrés aux abus DNS qui montrent une corrélation directe entre la qualité des données d’enregistrement, les politiques de vérification d’identité et le niveau d’abus observé sur une extension. Les études menées notamment autour du projet européen DAAR (Domain Abuse Activity Reporting) de l’ICANN indiquent également que les TLDs appliquant des contrôles renforcés sur les titulaires et les enregistrements présentent généralement des taux significativement plus faibles de domaines impliqués dans des activités malveillantes que les extensions aux politiques d’enregistrement plus permissives.

Nameshield, acteur européen souverain dans la protection des noms de domaine stratégiques, le DNS et les services associés, veille à la conformité NIS2 en faisant le choix d’un haut niveau d’exigence en matière de sécurité et de qualité. Nameshield est accrédité auprès de DENIC depuis une trentaine d’années. Dans ce cadre, Nameshield a également renforcé les mesures d’identification des titulaires de domaines en .DE et sur un nombre croissant d’extensions dont les registres ont demandé des mesures additionnelles directement liées à la directive NIS2.  Vos chargés de clientèle sont à votre disposition pour toute information complémentaire et nos équipes commerciales pour vous proposer nos solutions pour bâtir la meilleure stratégie de sécurisation de vos actifs numériques.