L’importance stratégique des noms de domaine du service Public

L’importance stratégique des noms de domaine du service Public

Vitrine de l’administration, le nom de domaine représente un enjeu considérable en termes de communication, de visibilité et de service rendu aux usagers.

Il est le point d’entrée de l’administration en ligne. Par exemple, le nom de domaine du portail de l’administration française « www.service-public.fr » est connu de tous, non pas comme une simple adresse mais comme la dénomination d’un service public.

Un actif stratégique essentiel pour l’administration

Le nom de domaine doit permettre une excellente lisibilité de l’action publique pour les usagers tout en protégeant et valorisant les noms et marques publiques.

À ce titre, le choix du nom de domaine doit être en cohérence avec la Charte de l’Internet de l’État qui encadre la politique de nommage des sites Internet des administrations centrales et des services déconcentrés.

La convoitise générée par les noms de domaine

Internet est le lieu de nombreuses pratiques abusives ou d’arnaques contre lesquelles le service public doit se prémunir et se défendre. On pourrait citer les « fake news », ces fausses informations qui circulent et ont l’air vraies, les arnaques liées à la rénovation énergétique, au Coronavirus, à l’immatriculation au RCS, les démarches frauduleuses en matière de médiation de la consommation… En cas de réservation abusive, l’administration peut recourir à des procédures spécifiques qui peuvent permettre de faire cesser ces abus.

Le nom de domaine du service public doit respecter La charte de l’Internet de l’Etat

Pour permettre aux citoyens d’identifier plus facilement les différents services de l’Etat sur Internet, l’Etat s’est doté d’une identité visuelle unifiée et cohérente à l’ensemble de la sphère gouvernementale.

Outre le nom du domaine, la reconnaissance du site sera assurée par un favicon, cet «icône favori» à gauche de l’url et porté sur l’onglet d’affichage du site. La plupart des services publics utilisent le logo associant le profil de Marianne imbriqué dans le drapeau français (« Le bloc Marianne »), ou la partie graphique du logo de la marque concernée.

« Là où l’Etat est présent, agit, finance, sa présence doit être clairement identifiée »

Le nom de domaine du service public doit privilégier certaines extensions

L’administration privilégie les extensions populaires ([.com], [.net]) et géographiques pertinentes ([.fr], [.eu], [.paris]).

L’extension [.gouv.fr] est strictement réservée à l’État français. C’est un sous-domaine du [.fr], à enregistrement restreint, placé sous la responsabilité de l’AFNIC (L’Association Française pour le Nommage Internet en Coopération.

Avant toute demande de création d’un nouveau nom de domaine, les administrations sont invitées à vérifier sa disponibilité auprès de l’APIE (Agence du Patrimoine Immatériel de l’Etat).

Les administrations centrales et les services déconcentrés de l’État sont soumis à une procédure d’agrément avant toute réservation de noms de domaine. Cet agrément est délivré par le Service d’Information du Gouvernement (SIG). L’utilisation de cette extension est obligatoire pour les sites créés par des services de l’État, sauf en cas de dérogation expresse du SIG.

Le nom de domaine du service public doit respecter l’identification du titulaire

Dans le cas d’un service de l’État, la réservation sera faite au nom de la personne morale, à savoir l’«État français, représenté par (…) » et non au nom du prestataire ni au nom d’une personne physique travaillant dans un service de l’administration.

Exemple : Whois* du nom de domaine agriculturegouv.fr :

Whois* : c’est la contraction de “who is”, qui signifie en français “qui est-ce”. C’est un outil destiné à trouver des informations sur un nom de domaine spécifique

A noter : La mise en place du RGPD (règlement général sur la protection des données) en 2018 a renforcé la protection des données à caractère personnel, c’est ainsi que les offices d’enregistrement tel que l’AFNIC, ont mis en place des procédures d’anonymisation des titulaires physiques, cette protection ne s’applique pas aux contacts représentant une personne morale.

Le nom de domaine : un actif stratégique à protéger

Internet, lieu de nombreuses pratiques abusives 

Tout comme les entreprises privées, l’administration peut être la cible de réservations abusives de noms de domaine par des tiers.

De telles usurpations peuvent être particulièrement dommageables, pour la personne publique mais surtout pour l’usager qui peut être trompé sur la nature officielle d’un site Internet.

On appelle cybersquattage (ou cybersquatting) la pratique consistant en la réservation de noms de domaine correspondant à une marque, une dénomination sociale, un nom connu afin de négocier sa rétrocession auprès de son véritable titulaire, d’altérer son image ou de capter son trafic.

Les pratiques courantes :

  • Typosquatting : réservation de noms de domaine à la syntaxe très proche de celle d’une marque ou d’un nom de domaine connu, afin de profiter des erreurs de frappe ou d’orthographe des internautes (ex : www.economie.gcuv.fr avec un c à la place du o qui a été récupéré par le Ministère de l’Economie et des Finances).
  • Dotsquatting : réservation de noms de domaine profitant de l’oubli par l’internaute du point séparant les éléments du nom de domaine, par exemple entre [www] et le radical ou entre le radical et [.gouv.fr] (financegouvfr.com ou france-gouv.fr).
  • Phishing : pratique visant à tromper les internautes sur l’origine d’un site Internet via un nom de domaine très proche et la copie des pages du site original, afin d’obtenir des informations confidentielles, telles que des données personnelles et/ou bancaires.

Qu’est-ce qu’un nom de domaine litigieux ?

Si le contenu du site qui lui est associé cause un préjudice à une entité publique.

  • Le nom de domaine reproduit-il une marque ? Le nom de domaine est-il similaire à la dénomination d’un service public ? Le contenu du site internet porte-t-il atteinte à la marque ou à la dénomination publique ?
  • Le nom de domaine est-il générique (par exemple : economie.fr) ?
  • La marque ou la dénomination publique n’est pas reproduite dans le nom de domaine mais en tant qu’onglet du site ou dans le contenu du site internet ?

Si l’administration doit démontrer la mauvaise foi du titulaire du nom de domaine litigieux pour :

  • Avoir obtenu ou demandé l’enregistrement de ce nom de domaine en vue de le vendre, de le louer ou de le transférer de quelque manière que ce soit à un organisme public, à une collectivité locale ou au titulaire d’un nom identique ou apparenté sur lequel un droit est reconnu et non pour l’exploiter effectivement ;
  • Avoir obtenu ou demandé l’enregistrement d’un nom de domaine principalement dans le but de nuire à la réputation du titulaire d’un intérêt légitime ou d’un droit reconnu sur ce nom ou sur un nom apparenté, ou à celle d’un produit ou service assimilé à ce nom dans l’esprit du consommateur ;
  • Avoir obtenu ou demandé l’enregistrement d’un nom de domaine principalement dans le but de profiter de la renommée du titulaire d’un intérêt légitime ou d’un droit reconnu sur ce nom ou sur un nom apparenté, ou de celle d’un produit ou service assimilé à ce nom, en créant une confusion dans l’esprit du consommateur

Dès le constat d’une réservation litigieuse de noms de domaine par un tiers, si le litige ne peut pas être réglé à l’amiable, l’administration pourra engager des procédures alternatives de résolution de litiges afin de faire cesser l’atteinte et éventuellement récupérer le nom de domaine.

Un nom de domaine où figure le mot « gouv » peut-il être illégitime ?

Nos boites mail sont souvent spammées d’offres alléchantes telles que :

  • Aide Panneau Solaire 2021 : à quoi vous avez droit ?
  • Changement de fenêtres : A quelles aides êtes-vous éligible ?
  • Salle de bain : de nouvelles aides financières pour la rénover, …

L’internaute est redirigé vers un site pouvant porter à confusion (présence du mot « gouv », du favicon de « Marianne », …), il peut tout de suite avoir l’impression qu’il est sur le site d’une organisation gouvernementale confirmée et se sentir en sécurité.
Il va alors remplir en toute confiance le formulaire en ligne et transmettre des données personnelles.

En observant les noms de domaine enregistrés le 5 février 2021, nous avons remarqué les enregistrements suivants :

  • aide-douche-gouv.org
  • aide-fenetre-gouv.org
  • douche-1-euro-gouv.org
  • fenetre-1-euro-gouv.org
  • panneau-solaire-gouv.org
  • ballon-eau-chaude-gouv.org


Aucun de ces noms de domaine n’est enregistré par un service de l’Etat. Ils ont été enregistrés dans le but de profiter de la notoriété du service public, leurrer l’internaute pour l’inciter à communiquer des données personnelles en se faisant passer pour un tiers de confiance.

Soyez vigilants sur les informations que vous communiquez !

Souvenez-vous,
le tiret (-) et le point (.) ont une réelle importance

Quelques exemples de sites non-officiels :

L’importance stratégique des noms de domaine du service Public - exemples de sites non-officiels
certificat-nongage-gouv.fr
L’importance stratégique des noms de domaine du service Public - exemples de sites non-officiels
info-greffe-gouv.com
L’importance stratégique des noms de domaine du service Public - exemples de sites non-officiels
france-gouv.fr

Nouvelle fiche « 5 minutes pour comprendre – Les enregistrements abusifs de noms de domaine » à découvrir sur le site de Nameshield

Fiche 5 minutes pour comprendre - Noms de domaine - Nameshield

Le monde numérique est en perpétuelle évolution et tous les jours, de nouveaux noms de domaine sont déposés à travers le monde.

Parmi ces nouveaux dépôts, certains peuvent potentiellement porter atteinte à votre notoriété, votre activité et à vos résultats. Les fraudeurs, par ces enregistrements abusifs de noms de domaine, cherchent ainsi à tirer profit de votre notoriété le plus rapidement possible.

Retrouvez dans cette fiche « 5 minutes pour comprendre », disponible en téléchargement sur le site de Nameshield, les différentes pratiques d’enregistrements abusifs de noms de domaine pouvant porter atteinte à votre marque et les actions à mener en fonction de l’atteinte portée à la marque.

Les Tribunaux français victimes d’un vol de données sans précédent

Les Tribunaux français victimes d’un vol de données sans précédent
Source de l’image : succo via Pixabay

Pendant plusieurs mois, les tribunaux français ont reçu des milliers d’e-mails provenant de cybercriminels, se faisant passer pour des avocats, afin de récupérer des décisions de justice.

Comment les greffiers et le personnel administratif ont pu tomber dans le piège?

Grâce à la fameuse pratique du typosquatting. Cette arnaque se base sur les éventuelles fautes de frappe ou erreur orthographique, qu’un internaute pourrait faire lors de la saisie du nom de domaine. Par exemple : inverser les lettres, doubler certaines lettres, mettre un zéro (0) à la place de la lettre O… Le pirate va chercher à acheter un nom de domaine proche du nom de domaine officiel, qu’il souhaite cybersquatter, pour tromper l’internaute, dans le but de récupérer des données telles que des numéros de carte bancaire, des adresses e-mails, des mots de passe …

Dans notre cas du jour, les e-mails frauduleux provenaient du site avocatlime.fr et non du nom de domaine officiel, avocatline.fr (messagerie la plus importante en France pour les professions juridiques). L’internaute peu vigilant lors de la lecture de l’adresse e-mail de l’expéditeur ne se rendra pas compte de cette supercherie.

Cette pratique encore trop courante peut être facilement détectée grâce à des surveillances de nouveaux dépôts de noms de domaine, qui permettront d’agir rapidement et donc de faire des déclarations de phishing afin de protéger les internautes.

Un des rôles des sociétés, qui font l’objet d’attaques sur le web, est de protéger leurs salariés, leurs clients ou les internautes, dans notre ère digitale. Le chemin est encore long avant d’avoir un internet sécurisé. Nous devons tous redoubler de vigilance.

« Gagnez un billet d’avion d’une valeur de 500 euros » ou autre tentative d’arnaque en ligne

Typosquatting Air France - Blog Nameshield

Récemment, plusieurs campagnes de fraudes proposant ici des chaussures Nike gratuites, là des bons d’achat de 500 € chez Ikea ont fait rage. Dernier cas en date, une campagne de mails frauduleux annonçant le gain de billets d’avion d’une sympathique valeur de 500 € gracieusement offerts aux gagnants d’un soi-disant jeu concours proposé par la compagnie aérienne Air France. Cette arnaque a fait le tour de France, diffusée sur les réseaux sociaux, par courriel et ayant même été relayée sur WhatsApp.

Une typographie trompeuse : le typosquatting

Si l’on survolait le mail en question d’un regard rapide, le lien www.airfrạnce.com, inséré dans les messages, semblait bien correspondre à l’adresse du site officiel d’Air France. A un détail près… Le « a » de France n’est pas un « a » issu de l’alphabet latin, mais le « ạ » de l’alphabet vietnamien. A un point près donc ! Superbe cas de typosquatting, pratique consistant donc à duper l’internaute en remplaçant, ajoutant ou encore supprimant une lettre dans un nom de domaine reprenant la marque notoire. La vigilance en berne, l’internaute pensant être sur un site fiable, clique sur ledit lien, et se retrouve redirigé vers une page totalement indépendante du site officiel de la marque. Sur cette page, un formulaire à compléter de ses précieuses données personnelles pour avoir la chance de remporter dans l’affaire qui nous occupe des billets gratuits. De l’escroquerie confirmée.

L’objectif de ces campagnes de phishing et de fraude est de réunir autant d’informations personnelles que possible. Autrement dit, les usurpateurs d’identité potentiels à l’origine de ce type d’arnaque en ligne cherchent à obtenir l’email, le numéro de téléphone, et toutes données intéressantes des internautes piégés.

C’est à la suite de l’alerte lancée par le site Zataz qu’Air France a confirmé qu’il s’agissait bien d’une fraude. Elle a également incité les internautes à ne pas considérer ce type de message. Il est d’ailleurs important de préciser que le site officiel de la compagnie aérienne est sécurisé et authentifié par un certificat SSL, les moteurs affichant bien le https://www.airfrance.fr

Que faire face à ces arnaques et comment les éviter ?

Le premier réflexe à adopter côté utilisateur est bien sûr la méfiance. Plus l’offre et les gains annoncés sont alléchants, plus il convient de redoubler de prudence. Ne communiquez pas vos données personnelles via un quelconque formulaire ou par retour de mail sans vous être au préalable assurés de l’authenticité de la demande.

Vérifiez toujours l’URL finale de la page sur laquelle vous avez été redirigés, attention bien sûr à la typographie. En général, seules les informations sur site sont officielles. La présence d’un certificat SSL et l’affichage des données propriétaire sont également un bon indicateur.

Typosquatting Air France
Site internet https://www.airfrance.fr

Du côté des titulaires de marques, une stratégie de nommage et de dépôts défensifs adaptés permet de protéger au mieux ses utilisateurs. La mise en place de surveillances efficaces permettra également de détecter au plus tôt les tentatives de phishing et d’agir précocement pour les faire cesser.

UDRP pour un typosquatting : l’expert reconnait la notoriété de la marque BOURSORAMA

udrp typosquatting
Boursorama qui a intenté une UDRP pour typosquatting contre le détenteur du nom de domaine bousorama.info a obtenu gain de cause.

La société BOURSORAMA a obtenu du centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI le transfert à son profit du nom de domaine « bousorama.info », dans le cadre d’une procédure UDRP intentée par BOURSORAMA, représentée par son registrar NAMESHIELD.

Le nom de domaine objet de la décision est une forme de « cybersquatting » appelée « typosquatting », consistant à enregistrer une variante orthographique d’une marque, et permettant à un tiers mal intentionné de spéculer sur les fautes de frappes des internautes pour les détourner de la page Internet à laquelle ils pensaient accéder. Cette pratique est à l’origine de nombreuses attaques dites de « phishing », ayant pour but d’extorquer les clients de la société visée, la société elle-même ou ses fournisseurs. C’est ainsi que de nombreuses marques agissent à l’encontre de ces noms de domaine, de manière majoritairement préventive.

L’intérêt majeur de cette décision réside dans le fait que l’expert, afin de prouver la mauvaise foi du titulaire, a reconnu que la marque BOURSORAMA est exploitée « de manière notoire en France et à l’étranger en relation avec des services financiers en ligne » et est à ce titre « largement connue », comme les indices et autres preuves d’usage rapportées par NAMESHIELD le soulignaient.

En effet, l’expert retient qu’il est difficilement concevable que le titulaire ait ignoré les droits de BOURSORAMA lors de l’enregistrement du nom de domaine. A ce titre, la démarche du titulaire était donc de profiter indument de la valeur de la marque BOURSORAMA, notamment par cet acte de typosquatting.

Décision OMPI n° D2016-2248 http://www.wipo.int/amc/en/domains/search/text.jsp?case=D2016-2248