DNS – le grand oublié de l’Internet

« Le DNS continue à être l’un des services Internet les plus ciblés, et reste le talon d’Achille de l’infrastructure Internet mondiale. Non seulement le DNS a été le protocole le plus utilisé cette année pour les attaques DDoS par réflexion/amplification, mais on peut aussi noter qu’une seule attaque ciblant un fournisseur de DNS spécifique, a été la cause d’une des interruptions de trafic les plus importantes de 2016 [NDLR : attaque sur le prestataire Dyn qui a rendu inaccessible durant une dizaine d’heures une grande partie d’Internet aux USA, touchant notamment Twitter, Ebay, Netflix, Amazon, PayPal… en octobre 2016]. »

Arbor Network Infrastructure Security Report – Juin 2017.

 

Mais, qu’est-ce que le DNS ?

 

Mont Blanc - DNS

 

Parce que l’être humain est bien plus apte à retenir un nom que des chiffres, et parce que c’est encore plus vrai pour se rendre sur un site Internet entre un nom de domaine (www.nameshield.net) et une adresse IP (256.17.28.192), l’être humain, pour se faciliter la vie, a créé le DNS : Domain Name System (ou Service).

Par exemple :  « Je veux aller sur Google.com, mon navigateur va demander au DNS quelle est l’adresse IP du serveur web qui héberge google.com, il va l’obtenir, s’y rendre et télécharger la page. »

 

Le DNS est une base de données publique, décentralisée et répartie, qui associe des noms de domaine à des adresses IP. Il existe depuis 1985. C’est une pièce que l’on pourrait qualifier d’infrastructure de l’Internet, indispensable à celui-ci pour fonctionner… et pourtant le DNS est invisible pour l’utilisateur.

Le DNS a été massivement adopté parce qu’il est pratique. Il simplifie la vie de l’internaute et lui permet de facilement identifier, différencier, repérer, mémoriser et transmettre le nom de domaine d’un site web associé à une marque. Il a aussi été adopté de l’autre côté du miroir par les administrateurs réseaux pour identifier et différencier des serveurs, c’est encore plus vrai avec IPv6, avec la multiplication des hosts et l’arrivée du tout connecté. Le DNS leur permet enfin et surtout de pouvoir changer des serveurs et adresses IP en toute transparence pour l’internaute.

Le DNS est tellement omniprésent que sans le DNS, l’Internet tombe ! Tout le monde doit pouvoir y accéder sinon le web ne fonctionnerait plus. C’est ce qui est arrivé en 2016 à nos compatriotes américains qui ont dû se passer de Twitter ou d’acheter frénétiquement pendant près de 10h. Le manque à gagner en terme de chiffre d’affaires et l’impact sur l’image de marque des sociétés impactées ont été considérables.

Mais comme il est invisible, tout le monde a tendance à l’oublier… et à s’en rendre compte lorsqu’il est trop tard.

Les services stratégiques qui dépendent du DNS et les risques associés

Sites web et email sont les deux services majeurs qui dépendent systématiquement du DNS. Imaginez votre site web inaccessible pendant 1 minute, 10 minutes, 1 heure… et les conséquences pour votre entreprise, chiffre d’affaires, discontinuité de service, image de marque, perte de clientèle. Et quelles conséquences pour une absence d’emails sur ces mêmes durées…

Si ces deux services sont les plus potentiellement impactés, d’autres peuvent dépendre du DNS : VPN, VOIP, Messagerie Instantanée… avec des conséquences peut-être moindres mais tout aussi fâcheuses pour le fonctionnement de l’entreprise.

Les attaques sur les DNS

Malheureusement les serveurs DNS sont exposés à de nombreuses attaques potentielles :

– Cache poisoning : faire croire aux serveurs DNS qu’ils reçoivent une réponse valide à une requête qu’ils effectuent, alors qu’elle est frauduleuse. Une fois le DNS empoisonné, l’information mise en cache rend vulnérables tous les utilisateurs (renvoie vers un faux site).

– Man in the middle : l’attaquant altère le ou les serveurs DNS des parties de façon à rediriger vers lui leurs communications sans qu’elles ne s’en aperçoivent.

– DNS Spoofing : rediriger les internautes à leur insu vers des sites pirates.

– DDoS : les DNS sont de plus en plus ciblés par les attaques DDoS afin de les saturer et les empêcher d’assurer la résolution des services clés de l’entreprise.

Et toutes ces attaques ont les mêmes conséquences : détourner ou stopper le trafic des entreprises.

Le grand oublié

Du point de vue de l’internaute, le DNS n’existe pas, celui-ci utilise le système de nommage des noms de domaine pour naviguer et envoyer des emails, il n’a qu’un besoin, que ça marche !

Du côté des entreprises, le problème est différent, il s’agit souvent d’un manque d’information, d’une absence de conscience de l’importance du DNS et des conséquences d’une coupure de service. Dans la plupart des cas, les entreprises n’y font pas réellement attention. Elles vont utiliser un budget important pour enregistrer et gérer des noms de domaine pour augmenter leur visibilité et protéger leurs marques, mais ne vont pas s’attarder sur la robustesse des serveurs DNS mis à leur disposition par leur prestataire.

Les bonnes pratiques à mettre en place : disposer d’une infrastructure DNS de premier ordre

DNS

Avant tout, se poser la question de savoir si vos noms de domaine stratégiques bénéficient d’ores et déjà d’une attention particulière du côté de l’infrastructure DNS. Est entendu par stratégique, l’ensemble des noms de domaine sur lesquels reposent le trafic des services clés de la société : sites web, email, VPN, messagerie instantanée…

Acquérir sa propre infrastructure DNS est une solution qui présente les avantages de la flexibilité et du contrôle, mais le coût d’acquisition, gestion et maintien d’un côté, la complexité et le savoir nécessaire de l’autre, sont souvent rédhibitoires ou mal évalués. Il est souvent plus facile de s’orienter vers une infrastructure DNS externe gérée par un registrar, un hébergeur ou un prestataire spécialisé. Il convient alors de vérifier quel taux de disponibilité annuel est garanti et comment il s’appuie sur les bonnes pratiques pour une disponibilité maximale.

Pour assurer une haute disponibilité à vos services Internet, il est crucial de choisir une solution DNS hautement disponible, qui offre :

– les fonctionnalités nécessaires à une utilisation intensive du DNS ;

– un réseau de type anycast pour diminuer le temps de résolution DNS et assurer un temps d’accès à vos sites optimal ;

– une infrastructure DNS sécurisée et restant disponible même en cas d’attaque

– des fonctionnalités clés telles que : GeoIP, Failover, Registry lock, DNSSEC, filtrage anti-DDoS intelligent…

 

Conclusion :

Le DNS ne se voit pas mais il est partout, il garantit l’accès à vos services clés via la résolution de vos noms de domaine stratégiques, il est potentiellement exposé à de nombreuses attaques aux conséquences désastreuses, et il manque trop souvent d’attention de la part des entreprises. Alors… ne l’oubliez pas et parlez-en le cas échéant à votre interlocuteur Nameshield.

 

 

 

Cyber-blurring : la technique mise en place par l’équipe de Macron face aux cyberattaques

Cyber-blurring - la technique mise en place par l'équipe de Macron face aux cyberattaques
Photo : www.gouvernement.fr

 

A deux heures de la clôture de la campagne pour l’élection présidentielle 2017, le 5 mai 2017, des dizaines de milliers de documents appartenant à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron ont fuité et ont été rendus publics sur le forum américain 4Chan, relayés par WikiLeaks. Les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans la diffusion de cette attaque et du contenu des documents : des discussions internes du mouvement, des notes de synthèses, des photos, des factures ainsi que sa comptabilité. Cela représente 9 gigaoctets de données piratées.

Les équipes du candidat d’En Marche n’étaient pas confrontées à leur première attaque depuis le début de la campagne présidentielle. Alertées depuis longtemps sur de potentiels risques d’attaque, elles ont mis en place la stratégie du cyber-blurring (qui signifie cyber flou) pour essayer de se défendre. Cette technique consiste à créer une quantité massive de faux documents (faux emails, faux mots de passe, faux comptes) pour tenter de ralentir le travail des hackers. Cette parade est souvent utilisée dans le milieu bancaire, pour protéger leurs clients. Cette technique de diversion est aussi appelée floutage numérique.

 

Twitter L'Express - Mounir Mahjoubi - cyber-blurring pour faire face aux cyberattaques
Compte Twitter de L’Express

 

Même si le directeur de la campagne numérique d’En Marche, Mounir Mahjoubi, pense avoir considérablement ralenti le travail des hackers par cette technique de cyber-blurring, malgré ces précautions, l’attaque n’a pas été empêchée.

Les pirates informatiques n’ont pas cherché à demander une somme d’argent en échange de la non publication des documents. Ces documents non compromettants pour l’équipe d’Emmanuel Macron, n’étaient pas monétisables car il fallait s’amuser à trier 9 gigaoctets en peu de temps.

Les conséquences sont minimes sur l’impact de la campagne présidentielle et l’équipe d’En marche n’a pas été réellement touchée. Cette contre-offensive a été bien mise en place. Les pirates anti-Macron n’ont pas eu le succès souhaité. En revanche, cet échec va les pousser à être encore bien plus malins, plus ingénieux, moins visibles, mieux préparés pour une prochaine attaque.

To be continued.

La transition HTTPS enclenchée

Depuis les récentes annonces de Google sur la nécessité de passer votre site en HTTPS sous peine de déréférencement du web, il est temps pour les DSI d’enclencher la transition. Mais cela n’est pas sans impact sur le référencement, et se prépare en amont.

Les raisons du passage en HTTPS sont assez simples : plus de sécurité pour les internautes, plus de confiance, plus de référencement (si un malware est détecté par Google, le SEO peut être impacté), un meilleur taux de rebond, donc plus de chiffre d’affaires. Et puis de manière pragmatique, si Google le dit…avons-nous vraiment le choix ?

Nous avons trouvé les 10 étapes pour passer en HTTPS sans impacter le SEO, et Dimitri Fontaine, directeur IT de Leboncoin confirme d’ailleurs que leur transition s’était déroulée sans encombre.

  • Acheter et installer un certificat sur le serveur
  • Activer HTTPS sur le serveur
  • Choisir la bonne liste de ciphers
  • Mettre à jour les contenus HTTP en HTTPS (liens internes, images, scripts, pubs, etc)
  • Activer le nouveau site HTTPS sur Search Console
  • Envoyer le nouveau sitemap HTTPS
  • Mettre en place les redirections d’URL HTTP vers les URL HTTPS
  • Tester
  • Configurer Google Analytics en HTTPS afin que les nouvelles visites soient prises en compte sans perdre l’historique
  • Suivre la migration sur Search Console afin de détecter d’éventuelles erreurs

 

Site leboncoin.fr
Site leboncoin.fr

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le trafic SEO du site leboncoin.fr est très faible car la plupart de la navigation se fait en trafic direct. Ainsi, le passage en HTTPS de ce site français de petites annonces a été moins stressant que pour d’autres.

Dimitri Fontaine reconnait que l’opération est moins risquée lorsqu’il n’existe pas une forte dépendance au SEO car le changement de protocole entraînera une perte de trafic SEO, même temporaire. En termes de coûts, ils ont été limités car ce site franco-français n’utilise pas de CDN (qui peut engendrer des facturations supplémentaires de la part du fournisseur liées à l’utilisation du HTTPS). Cela implique bien entendu des coûts humains, relatifs au temps passé par les équipes à vérifier le code dans chaque page. La direction de Leboncoin a décidé la migration HTTPS car le rapport coûts/bénéfices est intéressant. Google a annoncé un meilleur référencement, cependant, à ce jour, aucune conséquence sur le SEO n’a pu être mesurée.

La meilleure raison pour passer en HTTPS reste avant tout la sécurité apportée aux utilisateurs du site, apportant une marque de confiance.

Pour plus d’informations sur l’utilisation du HTTPS, retrouvez l’article de Christophe Gérard sur le blog : https://blog.nameshield.com/fr/2017/03/29/vers-un-web-100-crypte-les-nouveaux-challenges-du-https/

Et si on parlait de DNSSEC ?

Le DNSSEC est un vieux serpent de mer qui se concrétise et devient indispensable dans les bonnes pratiques de sécurité prônées par l’ANSSI et par le web d’une manière générale. Et pourtant c’est un terme un peu barbare qui fait souvent peur et dont on ne sait pas trop bien comment ça marche et à quoi ça sert. Cet article a pour humble vocation d’éclaircir tout ça.

Le Domain Name System Security Extensions est un protocole de communication standardisé permettant de résoudre des problèmes de sécurité liés au DNS. Il convient donc de commencer par un petit rappel de ce qu’est le DNS.

Qu’est-ce que le DNS ?

Pour faire au plus simple, le Domain Name System (ou Système de Noms de Domaine) est un peu l’annuaire de l’Internet. C’est un service permettant de traduire un nom de domaine en adresses IP. Il s’appuie sur une base de données distribuée sur des millions de machines. L’être humain arrive beaucoup plus facilement à identifier, mémoriser et différencier des noms que des suites de chiffres, le DNS a ainsi été défini et implémenté dans les années 80 pour devenir une brique fondamentale (et souvent oubliée) de l’Internet d’aujourd’hui.

Comment le DNS fonctionne ?

Le DNS va permettre à l’internaute de renseigner dans son navigateur web, un nom de domaine pour accéder à un site web. Le navigateur va alors « résoudre » ce nom de domaine pour obtenir l’adresse IP du serveur web qui héberge ce site web et l’afficher. On appelle ça la « résolution DNS ».

Résolution DNS

Quels sont les risques liés au DNS ?

Pierre angulaire du web, si le DNS tombe, vos sites web et vos e-mails tombent, ce qui de nos jours est purement impensable. D’autres applications peuvent être impactées dans les entreprises : l’accès au VPN, intranet, cloud, VOIP… tout ce qui nécessite potentiellement une résolution de noms vers des adresses IP. Le DNS doit donc être protégé et rester hautement disponible.

Si le protocole DNS a été conçu avec un souci de la sécurité, plusieurs failles de sécurité du protocole DNS ont été identifiées depuis. Les principales failles du DNS ont été décrites dans le RFC 3833 publié en août 2004. Interception de paquets, fabrication d’une réponse, corruption des données, empoisonnement du cache DNS et Déni de service. Je vous renvoie à l’article français de Wikipedia sur le sujet, fort bien documenté.

Pour contrer ces vulnérabilités, le protocole DNSSEC a été développé.

Les enjeux de DNSSEC :

DNSSEC permet de se prémunir de ces différents types d’attaques, en particulier l’empoisonnement du cache, en assurant l’intégrité de la résolution DNS. Les enjeux de DNSSEC ont donc été les suivants :

  • Comment assurer l’intégrité des données et authentifier les DNS (résolveurs/serveurs faisant autorité) tout en conservant la rétrocompatibilité avec DNS ?
  • Comment assurer la sécurité d’accès à la ressource demandée aux milliards d’utilisateurs du web ?
  • Comment trouver une solution assez légère pour ne pas surcharger les serveurs de noms ?

Fonctionnement de DNSSEC :

Pour assurer l’intégrité de la résolution DNS, DNSSEC permet d’établir une chaine de confiance qui remonte jusqu’à la racine du DNS (serveur DNS racine du schéma ci-dessus). La sécurité des données est effectuée à l’aide d’un mécanisme de clés (KSK pour Key Signing Key & ZSK pour Zone Signing Key) qui signe les enregistrements DNS de sa propre zone. Les clés publiques KSK sont alors envoyées au registre correspondant pour être archivées ; le registre étant lui-même lié via DNSSEC au serveur root, la chaine de confiance s’établit. Chaque zone DNS parente, garantit l’authenticité des clés de ses zones filles en les signant.

 

Sans DNSSEC                                     Avec DNSSEC

DNSSEC vs DNS normal

 

DNSSEC, Nameshield et vous :

DNSSEC intervient comme une protection indispensable pour vos noms stratégiques, qui permet de sécuriser l’authenticité de la réponse DNS. Il serait opportun d’étudier les noms qui méritent d’être protégés. Tous les TLDs ne proposent pas encore DNSSEC, voici une liste non exhaustive des principaux, liste très évolutive avec de nombreux ralliements en cours :

Extension supportant actuellement DNSSEC : .fr, .com, .be, .net, .eu, .pl, .re, .pm, .yt, .wf, .tf, .info, .li, .ch, .biz, .de, .sx, .org, .se, .nl, .in, .us, .at, .nu, .la, .ac, .cz, .me, .sh, .io, .uk, .co.uk, .me.uk, .org.uk.

Tous les news gTLDs, comme .paris, .club, .xyz, .wiki, .ink, supportent également DNSSEC.

DNSSEC est inclus sans supplément dans l’offre DNS Premium de Nameshield. Nameshield vous accompagne dans cette démarche pour la sécurisation optimale de vos actifs immatériels et gère l’intégralité du protocole DNSSEC pour vous, de la création, au stockage et au renouvellement des clés.

Ce n’est pas la seule réponse à mettre en place, le système de registry lock, le service DNS Premium, les certificats SSL sont des solutions complémentaires à étudier, que nous aurons l’occasion d’aborder dans d’autres articles ou dans les prochains nameshield.cafe.

Vers un web 100% chiffré, les nouveaux challenges du HTTPS

Entre mars 2016 et mars 2017, Let’s Encrypt a émis 15 270 certificats SSL contenant le terme « PayPal » ; 14 766 d’entre eux ont été émis pour des domaines menant vers des sites de phishing. C’est le résultat de la récente analyse menée par Vincent Lynch, expert SSL.

Paypal fake or real

Lynch s’est intéressé de près à ce cas à la suite d’un article très intéressant publié par Eric Lawrence (Google Chrome Security Team) en janvier 2017, le visuel ci-dessus est tiré de cet article, dénommé « Certified Malice » qui dénonçait les certificats SSL frauduleux et dénombrait alors « seulement » 709 cas pour PayPal, et bien d’autres sur toutes les plus grandes marques américaines : BankOfAmerica, Apple, Amazon, American Express, Chase Bank, Microsoft, Google…

Quel impact pour l’internaute ?

En Janvier 2017, Google et Mozilla ont mis à jour leur navigateur avec Chrome 56 et Firefox 51, et un changement majeur est intervenu pour les internautes : l’apparition des termes « Sécurisé » ou « Non sécurisé » dans la barre d’adresse.

Vers un web 100% crypté, les nouveaux challenges du HTTPS

En 2015, l’initiative Let’s Encrypt, supportée par les grands noms de l’internet (EFF, Mozilla, Cisco, Akamaï…) voyait le jour avec pour objectif de diffuser en masse et gratuitement des certificats SSL au monde entier. Un an et demi plus tard, Let’s Encrypt a délivré des millions de certificats, et d’autres initiatives de ce type ont suivi.

Qui dit gratuit, dit peu ou pas de vérification pour délivrer les certificats, et toute une armée de cybercriminels qui se sont rués vers ces certificats pour sécuriser leurs contenus illicites : phishing, malware… et afficher ainsi le terme « Sécurisé » dans leur barre d’adresse. Comment l’internaute lambda peut-il facilement différencier le vrai du faux ?

Pour mémoire, il existe trois niveaux de vérification lors de l’émission des certificats permettant d’afficher HTTPS : Domain Validation (DV) considéré comme de l’authentification faible, Organization Validation (OV) à authentification forte et Extended Validation (EV) à authentification renforcée. Les certificats gratuits sont des DV, et représentent près de 90% des certificats, la plupart du temps sur des « petits » sites web. Les certificats OV (9%) et EV (1%) sont peu nombreux mais protègent la quasi-totalité des sites web à très fort trafic. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont tous en OV ou EV par exemple.


Niveaux de vérification lors de l’émission des certificats permettant d’afficher HTTPS

Le problème pour l’internaute est l’absence de différenciation dans les navigateurs entre les certificats DV et OV. Ces deux types sont affichés de la même manière, étant comme « Sécurisés », alors que les certificats EV affichent le nom du titulaire dans la barre d’adresse.

En reprenant le visuel du début de cet article, on comprend aisément l’intérêt du EV pour PayPal : permettre de distinguer facilement le vrai du faux. Et c’est la raison pour laquelle Nameshield conseillera systématiquement l’emploi du EV pour les sites vitrines, en particulier pour ses clients exposés au cybersquatting, phishing ou encore contrefaçon.


Deux forces qui s’opposent pour l’avenir du HTTPS

Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples et là où la logique voudrait qu’on différencie clairement les trois types de certificat, ou en tout cas au moins deux types (DV/OV), Google ne l’entend pas de cette oreille et souhaite à l’inverse supprimer cette notion d’affichage EV. Chris Palmer (Senior Software Engineer pour Chrome) le confirme à demi-mot dans son article paru ici.

Nous sommes donc aujourd’hui dans une situation où les Autorités de Certification historiques, Microsoft et dans une moindre mesure Apple, font face à Google, Mozilla et Let’s Encrypt dans une vision que l’on peut résumer comme suit :

Vision de Google/Mozilla/Let’s Encrypt :

HTTP = Non Sécurisé

HTTPS = Sécurisé

Vision des AC historiques/Microsoft/Apple :

HTTP = Non Sécurisé

HTTPS DV = pas d’indicateur dans la barre d’adresse

HTTPS OV = Sécurisé

HTTPS EV = Nom de la société dans la barre d’adresse

La discussion est ouverte en ce moment même, au sein de l’instance supérieure du SSL qu’est le CAB/forum. On peut facilement comprendre que les Autorités de Certification voient d’un très mauvais œil la fin de la différenciation visuelle entre DV/OV/EV dans les navigateurs, c’est leur raison d’être de délivrer des certificats à authentification forte, mais est-ce seulement un tort ? Il s’agit quand même de rassurer l’internaute en lui garantissant l’identité du site qu’il visite.

A l’inverse, Google et Let’s Encrypt n’hésitent pas à dire que les notions de phishing et de garantie de contenu des sites web, ne sont pas du ressort des Autorités de Certification, et que d’autres systèmes existent (par exemple, Google Safe Browsing), et qu’en conséquence il faut avoir une vision binaire : les échanges sont chiffrés et inviolables (= HTTPS = Sécurisé) ou ils ne le sont pas (= HTTP = Non sécurisé). On peut simplement se demander si au travers de cette vision qui se défend également, ce n’est pas plutôt un problème de sémantique du terme employé : Sécurisé.

Que veut dire « Sécurisé » pour l’internaute ? Est-ce qu’en voyant « Sécurisé » dans sa barre d’adresse, il sera enclin à entrer ses login/password ou son numéro de carte bancaire ? On peut penser que oui et dans ce cas, le risque actuel est bien présent. Kirk Hall (Director Policy and Compliance – SSL, Entrust) a fait une intervention remarquée à la dernière conférence RSA sur ce sujet (si vous avez un peu de temps, l’enregistrement est ici).

Enfin, il ne faut pas négliger le poids de l’industrie financière ni des grandes marques qui voient d’un très mauvais œil l’augmentation du risque de fraude en ligne et que ne peut décemment pas totalement ignorer Google.

Comment rassurer l’internaute ?

Pour le moment nous ne pouvons que vous encourager à opter pour les certificats Extended Validation pour vos sites vitrines et/ou de e-commerce afin de faciliter la tâche des internautes et à rester à l’écoute de ce qui se passe sur le web. Rassurer et éduquer également les internautes en n’hésitant pas à mentionner sur vos sites les choix que vous faites en termes de sécurité et d’authentification.

Au même titre que vous surveillez certainement les dépôts de nom de domaine sur vos marques, vous pouvez aujourd’hui également surveiller les enregistrements de certificats, et ce pour réagir rapidement.

Et en tant qu’internaute, lorsque le terme « sécurisé » est mentionné dans la barre d’adresse, systématiquement contrôlez les détails du certificat pour voir qui en est le titulaire.