Les noms de domaine Blockchain : des identifiants décentralisés

noms de domaine Blockchain
noms de domaine Blockchain

Depuis sa création, le Web a connu un développement incroyable et compte aujourd’hui près de 5 milliards d’utilisateurs. Il repose sur de nombreux protocoles en évolution constante, maintenus par des entreprises spécialisées. Il s’est invité dans notre vie quotidienne et ne cesse d’apporter de nouveaux services. Les entreprises construisent leur identité numérique à travers des sites Web ou encore des noms de domaine.

Depuis quelques années, de nouvelles technologies sont apparues prônant un Web plus décentralisé, le Web3, sur lequel les utilisateurs auraient plus de pouvoir sur leurs données et leur vie privée. De nouvelles formes d’actifs numériques se développent, notamment des noms de domaine d’un nouveau genre.

Les noms de domaine Blockchain

Principe

Le DNS, système de noms de domaine, est un service au cœur du fonctionnement d’Internet. Il fonctionne comme un annuaire public qui associe des noms de domaine à des ressources sur Internet, comme des sites Web, des serveurs mails et bien d’autres encore. Il est notamment régulé par l’ICANN, et maintenu par de nombreux acteurs internationaux.

Plusieurs projets développent depuis quelques années, leur propre système de nommage sur Blockchain, avec de nouveaux types de noms de domaine. Contrairement aux noms de domaine traditionnels, ils ne fonctionnent pas avec le DNS et ne sont pas régulés. Leur objectif est de proposer des solutions de nommage décentralisées et indépendantes, pour des usages spécifiques.

Sur une Blockchain, les comptes des utilisateurs sont identifiés par des adresses cryptographiques difficilement lisibles, par exemple 0x2611135d64926F8266d88Ac5B6D05BE543bF8990. Les noms de domaine sur Blockchain permettent, en premier lieu, d’associer des adresses à des noms pour faciliter leurs utilisations mais également d’associer d’autres types d’information, pour diverses fonctionnalités que nous verrons par la suite.

Noms de domaine blockchain

Ne fonctionnant pas avec le DNS, il est nécessaire d’utiliser des applications ou logiciels compatibles avec ces types de noms de domaine (navigateurs web, extensions, etc.). De plus, seul le titulaire du nom a la possibilité de le contrôler ; aucun tiers ne peut le lui retirer le contrôle.

Namecoin

(.bit)

namecoin

Né en 2011, Namecoin fut le premier système de noms de domaine développé sur une Blockchain, avec l’extension .bit. Il est basé sur le code de Bitcoin, et utilise sa propre chaîne et cryptomonnaie. Namecoin est présenté comme une technologie expérimentale qui améliore la décentralisation, la sécurité, la résistance à la censure et protège la vie privée.

Les domaines .bit n’ont pas connu un grand succès, mais restent utilisés au sein de l’écosystème Bitcoin.

Ethereum Name Service

(.eth)

Ethereum Name Service

Ethereum Name Service (ENS) est aujourd’hui le système de nommage sur Blockchain le plus populaire. Il est développé sur la Blockchain Ethereum à l’aide de smart contracts. La gouvernance du système s’organise de manière communautaire, sous forme de DAO avec son token $ENS, et est composée de milliers de membres.

ENS propose l’enregistrement de noms de domaine en .eth, représenté sous forme de tokens non fongibles (NFT). Il est également possible de lier des noms de domaine traditionnels sur ENS, afin d’exploiter les mêmes fonctionnalités qu’un nom .eth avec un nom classique. ENS se définit donc comme un système complémentaire au DNS, et non pas comme une alternative.

Aujourd’hui, on compte plus de 2,6 millions de noms enregistrés, plus de 500 000 titulaires uniques et plus de 500 applications compatibles.

Unstoppable domains

(.crypto .nft .x .wallet .bitcoin .dao .888 .zil .Blockchain)

Unstoppable Domains

Unstoppable Domains propose un système de nommage sur la Blockchain Polygon. C’est le deuxième acteur le plus populaire, avec neuf extensions disponibles. Comme sur ENS, les noms sont représentés sous forme de NFT.

On compte plus de 1,6 millions de noms enregistrés, par plus de 350 000 titulaires uniques et un peu plus de 425 applications compatibles. De plus en plus d’entreprises de l’écosystème crypto nouent des partenariats.

Handshake

(extensions de premier niveau)

Handshake

Handshake est un système de nommage fonctionnant avec sa propre Blockchain et cryptomonnaie $HNS, qui propose des extensions de premier niveau. L’entreprise a récemment été rachetée par le bureau d’enregistrement Namecheap et a également développé un résolveur DNS pour ses noms, certains opérateurs le propose à ses clients.

Namebase est la place de marché principale qui permet l’enregistrement et l’échange de noms. Les titulaires d’une extension de premier niveau peuvent créer et revendre des noms de domaine de cette même extension. L’enregistrement d’une extension de premier niveau fonctionne avec un système d’enchère, et il n’y a pas de période d’expiration. Le nombre de noms Handshake enregistrés s’élève à plus de 7 millions.

Voici les acteurs principaux et les systèmes les plus utilisés à ce jour, mais il existe des dizaines de projets de systèmes de nommage sur Blockchain. Cela reste difficile de s’y retrouver dans cet écosystème et d’identifier les projets sérieux, tout en sachant que la plupart sont en cours de développement.

Ces systèmes posent aussi des problèmes de collisions. Une collision se produit lorsque plusieurs systèmes utilisent les mêmes noms, avec la même extension. Par exemple, Unstoppable Domains est en procès avec Handshake pour le .wallet, et a récemment arrêté la commercialisation du .coin qui était déjà proposé par Emercoin.

Les cas d’usage des noms de domaine Blockchain

Enregistrement d’un nom de domaine Blockchain

Pour procéder à l’enregistrement d’un nom de domaine Blockchain, les procédures varient en fonction du système de nommage utilisé. De manière générale, il faut créer un wallet, qui va permettre de réaliser des transactions et détenir des tokens.

Lors de la création d’un wallet, des clés cryptographiques sont générées :

  • Une clé privée : permet de contrôler le portefeuille et ses actifs. Cette clé privée doit absolument rester secrète et protégée. Si elle est perdue, l’accès au portefeuille et à tous les actifs qu’il contient, dont les noms de domaine, sera définitivement perdu. La meilleure solution étant d’utiliser des hardware wallets, comme Ledger ou Trezor.
  • Une clé publique : représente l’adresse publique du portefeuille.

Pour réaliser des transactions avec ce wallet, il faut l’alimenter en cryptomonnaies. Pour cela, le plus simple est d’acheter la cryptomonnaie souhaitée sur une plateforme d’échange, puis de la transférer vers le wallet. Pour enregistrer un nom, il faut ensuite se connecter avec son wallet sur le site Web du service (ENS, Unstoppable Domains, etc.), puis réaliser la transaction. Le nom de domaine sera ensuite lié au wallet, et il sera possible de le configurer.

Noms de domaine blockchain - Enregistrement

Association avec des adresses de portefeuilles

Il est possible d’associer des adresses de portefeuilles crypto à un nom de domaine. Cela permet de pouvoir envoyer des crypto-actifs à un utilisateur en utilisant son nom de domaine à la place d’une adresse cryptographique.

Association avec un site Web décentralisé

IPFS est une technologie de stockage décentralisée, sur laquelle il est possible d’héberger des sites Web ou d’autres types de données afin de les rendre “incensurables”. Il est possible de lier un site Web décentralisé à un nom de domaine Blockchain, notamment en y associant son identifiant IPFS. Des passerelles et certains navigateurs comme Brave ou Opera permettent d’accéder facilement à ce type de contenus.

Association avec des adresses de smart contracts

Les applications décentralisées fonctionnent avec des smart contracts déployés sur une Blockchain. Ils sont également identifiés par des adresses cryptographiques, comme les comptes des utilisateurs. Associer l’adresse d’un smart contract à un nom de domaine facilite son accès et est une manière de l’authentifier.

Envoi de mails

Certains services tiers, comme Ensmail et Skiff, proposent l’utilisation de noms de domaine Blockchain pour envoyer des mails. L’adresse mail utilisée est sous la forme [nom de domaine]@ensmail.org ou [nom de domaine]@ud.me.

Association avec des éléments liés à l’identité

Il est également possible d’associer des éléments d’identité à un nom, comme des URL, des adresses mails, des liens vers des réseaux sociaux, etc.

Utilisation comme un identifiant utilisateur

Les noms de domaine Blockchain peuvent être utilisés comme des identifiants décentralisés, et deviennent alors une solution technique à l’identité auto souveraine.

Quels enjeux pour les noms de domaine Blockchain?

Identité dans de nouveaux espaces numériques

Les noms de domaine Blockchain font figure d’identifiants décentralisés dans de nouveaux espaces sur Internet. Même s’ils reprennent la même forme que les noms de domaine traditionnels, ils sont différents sur plusieurs points :

  • Côté technique : la technologie sous-jacente est différente. D’une part nous avons le DNS, réparti sur des milliers de serveurs autour du monde et maintenus par de nombreux opérateurs. Et d’autre part, nous avons des systèmes décentralisés, développés sur des Blockchain. Les performances en termes de résolution de noms ne sont pas comparables. Les serveurs DNS sont capables de répondre à des milliers de requêtes par seconde en quelques millisecondes. Pour les Blockchain, il faut interroger un nœud du réseau, via une API, ou utiliser un service tiers ; ce qui n’est pas aussi rapide et scalable.
  • Côté des usages : les noms de domaine Blockchain répondent en premier lieu à un besoin spécifique, pour associer des adresses cryptographiques à des noms facilement lisibles. Les autres cas d’usage sont également différents de ceux des noms de domaine classiques, et sont aujourd’hui très liés à l’écosystème des cryptomonnaies. De ce fait, les systèmes de nommage sur Blockchain ne sont pas directement en concurrence avec le DNS.

Impact sur le droit des marques

Avec les noms de domaine traditionnels, il existe des procédures afin de permettre aux ayants droit de récupérer des noms portant atteinte à leur marque (UDRP). Les systèmes de nommage sur Blockchain, de par leur nature décentralisée, ne proposent pas ce type de solution. Certaines places de marché ont mis en place des solutions payantes afin de désindexer des contenus de leurs plateformes, mais cela n’a pas d’impact sur la titularité des actifs numériques. D’autre part, des acteurs comme Unstoppable domains ont choisi de bloquer la réservation de noms correspondant à des marques connues, afin de les réserver aux ayants droit.

Néanmoins, le droit relatif à la propriété intellectuelle doit être respecté ; la contrefaçon et l’usurpation d’identité sont des faits répréhensibles juridiquement. La difficulté réside essentiellement dans la qualification de ces noms de domaine Blockchain et l’identification des parties prenantes. Dans le cas d’un cybersquatting d’une marque avec un nom de domaine Blockchain, plusieurs parties prenantes interviennent :

  • Le titulaire qui a enregistré délibérément le nom.
  • La plateforme ou système de nommage qui a permis cet enregistrement.
  • Les diverses places de marché qui proposent la mise en vente de ce nom.

Bien que toutes les transactions sur Blockchain soient traçables et qu’une grande partie des plateformes vérifient l’identité de leurs clients (KYC), l’identification des parties peut vite devenir laborieuse et coûteuse en cas de dépôt de plainte. La négociation avec le titulaire et le rachat du nom sont des options envisageables, mais cela contribue à la spéculation.

Du côté juridique, les noms de domaine NFT entrent aujourd’hui dans le régime des actifs numériques. En France, la loi finance a introduit en 2019 un cadre légal autour des actifs numériques, notamment avec la création du statut PSAN pour les prestataires de services. En 2023, le règlement européen MiCA devrait s‘appliquer à son tour.

Développement du Web3

Depuis plusieurs années, l’écosystème Blockchain se développe et se finance, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux types d’actifs numériques et d’applications. Les noms de domaine Blockchain font partie du concept de Web3, prônant un Web plus décentralisé. Ils apportent des fonctionnalités intéressantes pour des cas d’usage spécifiques, mais sont aujourd’hui soumis à une spéculation excessive et de nombreux cybersquatteurs.

La proposition de valeur du Web3 est séduisante, cependant il faut rester prudent. La complexité technique de ces technologies fait apparaître de nouveaux intermédiaires. En effet, les interactions d’un utilisateur avec une Blockchain se font généralement à travers un fournisseur de services centralisé (passerelles), et donc censurable. Il faut donc porter une attention particulière sur le niveau de décentralisation réel des applications, au-delà des discours marketing.

Il est encore difficile de se projeter quant au développement des noms de domaine Blockchain dans les prochaines années. Cela dépendra de plusieurs facteurs relatifs à tout cet écosystème ; l’amélioration de l’expérience utilisateur, son adoption et sa régulation. Dans tous les cas, l’évolution de ces technologies sera passionnante à suivre.

Pour lire cet article dans son intégralité, rendez-vous sur le site de Steve DESPRES : https://cryptoms.fr/