Atteinte à la « marque personnelle » et cyberviolences

Atteinte à la « marque personnelle » et cyberviolences

Atteinte à la « marque personnelle » et cyberviolences

Une demi-heure à perdre, un terminal relié à Internet, quelques connaissances. Voici le peu d’éléments nécessaires à n’importe qui sur Internet pour usurper votre identité, vous diffamer ou vous humilier.

Qu’est-ce qu’une cyberagression ?

Le guide de prévention des cyberviolences en milieu scolaire réalisé par le ministère de l’éducation nationale en propose une classification.

  • La cyberviolence simple : propos diffamatoires, humiliants, révélation d’informations ou d’images privées, des rumeurs, intimidations.
  • Le cyberharcèlement : la répétition dans la durée d’une ou plusieurs formes de cyberviolence.
  • Le cybersexisme : concerne les cyberviolences à caractère sexiste ou sexuel.

Est-ce vraiment grave? Certains se rappellent du fax, du minitel, de cette époque où l’information circulait lentement et où les ateliers de développement photo fleurissaient dans les centres commerciaux.

Aujourd’hui cette ère est révolue et trois clics permettent à quelqu’un d’en savoir beaucoup sur vous, parfois trop. Demain, nous pourrons probablement juste en vous regardant avec une paire de lunettes connectées, demander « Vas-y lunette ! Dis-moi qui est cette personne et tout ce que tu sais sur elle. » Il suffit ensuite, de poster sur les réseaux sociaux ou encore de télécharger une application d’échange de visages (faceswapping) pour vous nuire. Et avec une rapidité de diffusion de l’information incontrôlable, il y a fort à parier qu’une cyberagression peut être lourde de conséquence. Peut-on encore se permettre de négliger l’impact d’une telle attaque sur votre vie ?

Prenons la récente histoire de Jeremstar, jeune homme blogueur (gossip.fr) et spécialiste de la télé-réalité, qui un beau matin a décidé de reprendre un contenu exclusif du snapchatteur « Aqababe » concernant des potins sur une émission de télé-réalité, en le privant de son copyright. Il déclenche ainsi la colère de son rival. S’en suit une guerre sans merci, à coups de suppressions de compte YouTube d’une part, de publications de vidéos intimes et d’accusations de viols sur mineurs d’autre part. Cette affaire est aujourd’hui au tribunal. Comme quoi, cette « cyber-baston » semble devenir lourde de sens pour le jeune homme. Jeremstar a en effet été suspendu quatre jours après sa « boulette » par C8 de l’émission « Les terriens du dimanche ». Depuis cet événement il est très peu présent sur les réseaux sociaux sauf pour des communiqués très officiels. La presse s’interroge sur ses partenariats noués avec des marques comme Uber ou Undiz par exemple. Sa vie professionnelle en a naturellement pris un coup très brutalement.

Nous pouvons alors nous demander jusqu’à quel point nous devons protéger notre image sur Internet. Aujourd’hui nous naviguons très libres, en toute impunité et de façon relativement anonyme, pour le meilleur comme pour le pire. Mais pourtant, un cadre existe. Et nuire à son prochain n’est plus aussi simple ou anonyme que ça a pu l’être.

L’expérience nous a montré que la cyberviolence avait toujours un impact et des conséquences, bien souvent tragiques (notamment en milieu scolaire). La médiatisation de ces phénomènes a accéléré l’enrichissement du cadre législatif face à ces comportements.

La législation autour des atteintes à l’image sur Internet est désormais très bien fournie, depuis la loi sur l’injure et la diffamation de juillet 1881 aux dernières lois de 2014 et 2016 sur le cyberharcèlement et le cyberharcèlement à caractère sexuel. Ces comportements sont désormais, en fonction de leur nature exacte, passibles jusqu’à 75 000€ d’amende et 5 ans de prison.

La RGPD arrivant à bride rabattue devrait par ailleurs compléter ces sanctions en impliquant la responsabilité des sociétés proposant les canaux de diffusion.

Léo TREVISAN

Auteur : Léo TREVISAN

Consultant - Nameshield group